Leterme et sa famille recomposée

(photo Belga)

Analyse | Yves Leterme est Premier ministre de tous les Belges. Cette fois, ça y est. Après dix mois de crise. Au prix d'une ultime nuit blanche pour distribuer les postes.

Ils sont presqu e assis sur les genoux les uns des autres. On a rajouté des chaises en bout de rangée et coincé des sièges entre les bancs. La première rangée du Parlement, réservée au gouvernement, était trop étriquée. C'est la nouvelle armée de quinze ministres et sept secrétaires d'État. «Nous sommes une famille recomposée», a déclaré la présidente du cdH, Joëlle Milquet. C'est l'équipe XXL Leterme Ier. Tiens il en manque un, le Namurois Frédéric Laloux. Officiellement, il aurait été coincé dans des embouteillages.

Il y a des nouveaux venus perdus et radieux. Et des vieux routiniers qu'on devine un peu déçus. Le président de la Haute Assemblée, Herman Van Rompuy (CD & V), fait prêter serment aux nouveaux venus. Les suppléants des nominés ministres ou secrétaires d'État. Joëlle Milquet et Laurette Onkelinx, serrées l'une contre l'autre au banc des vice-Premiers, papotent tant et plus.

Soudain, un drapeau orange vif est déroulé à la tribune avec pour mention en flamand «Plus de femmes dans le gouvernement!». Les ministres du beau sexe applaudissent à tout rompre. Les huissiers sont embarrassés par ce groupe de femmes du CD & V.

Et puis, Yves Leterme monte à la tribune. Il remercie Josly Piette. Il salue Guy Verhofstadt en l'inscrivant dans la litanie de ses prédécesseurs au 16, celle des Premiers ministres... CVP. Yves Leterme a le teint pâle, le trait tiré, le regard humide. Il se montre tel qu'il est. Sans lyrisme, sans éclat, sans enthousiasme communicatif. Mais modeste, raisonnable, exhaustif.

Il dit : «La confiance ne peut se proclamer, elle doit se mériter. Non pas par de beaux discours et de vaines promesses, mais par des programmes réalisables et des actes identifiables.»

Il avoue le piètre horizon budgétaire : «Ce gouvernement démarre sans avoir le vent d'une forte croissance économique dans le dos et en plus le pays se trouve dans un creux budgétaire.» Yves Leterme annonce que les deniers de l'État seront traités scrupuleusement. Il appuie sur la solidarité. «Nous ne pourrons pas tout faire, et pas tout en même temps. Quoi qu'il en soit : nous écrivons solidarité avec une majuscule.»

Oui, les négociations ont été longues; dix mois, pour parvenir à ce gouvernement. «Mais ces mois n'ont pas été perdus», affirme le nouveau Premier ministre. Car ils ont permis de se mettre d'accord sur la nécessité d'une réforme de l'État, estime-t-il.

Et puis, c'est dit. Yves Leterme est un Premier ministre qui fera de son mieux.

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