Élisabeth Brichet : quinze années d'espoirs déçus

Les proches d'Elisabeth, comme sa maman Marie-Noëlle Bouzet, ont espéré pendant 15 ans pouvoir croisé à nouveau son regard. (photo Belga)

DOSSIER | A quelques jours du procès de Michel Fourniret, nous nous penchons sur un volet du dossier. Ce jeudi: Élisabeth Brichet. La jeune Namuroise a disparu le 20 décembre 1989. On a retrouvé son corps 15 ans plus tard. Tombée, par hasard, dans les mains du prédateur Fourniret.

Le 20 décembre 1989, Élisabeth sort de chez une copine et rentre chez elle. Il est 19 h 50, à hauteur du cimetière de Saint-Servais, chaussée de Waterloo. À quelques dizaines de mètres de son domicile, elle tombe dans le piège que lui tend Michel Fourniret. Plus personne ne la reverra.

Dans la voiture, sont installés Monique Olivier et l'enfant du couple. Arrivé à la hauteur de la fillette, Michel Fourniret lui demande de les conduire chez un médecin tout proche. L'enfant et la femme inspirent confiance. Élisabeth est embarquée.

Direction les Ardennes françaises et le petit village de Floing où le couple réside. C'est là que Michel Fourniret viole sa petite victime. Le lendemain, Monique Olivier les amène au château de Sautou avant de repartir s'occuper de son fils. Là, Élisabeth est une seconde fois agressée sexuellement par Fourniret qui l'étrangle ensuite. Le drame est consommé.

Le corps de la petite victime est resté plusieurs jours dans un congélateur avant d'être enterré dans la propriété avec ses vêtements. Personne ne sait rien de tout cela, sauf Michel Fourniret et son épouse Monique Olivier. Il faut attendre le mois de juin 2004 et leurs aveux pour connaître le dénouement. Quinze années d'attente insupportable pour la famille et quinze années de travail sans relâche pour les enquêteurs qui trouvent là leur épilogue.

Pur hasard

C'est le pur hasard qui a fait se croiser le chemin d'Élisabeth Brichet et du prédateur Michel Fourniret. Ce jour-là, Michel Fourniret remonte la chaussée de Waterloo, à Namur, dans sa Renault 9. À bord, sa femme et son fils d'un an. Ils reviennent de Bruxelles.

Élisabeth Brichet vient de quitter sa maison de la rue Leblanc pour aller chez sa copine Vanessa. C'est la première fois. Elle marche sur le trottoir, Fourniret passe juste à ce moment et la repère. Il ralentit et repère aussi la maison dans laquelle elle entre. Il fait demi-tour et gare sa voiture le long de la chaussée. Il décide d'attendre. L'attente est longue  : trois heures. Il sort de sa voiture pour faire les cent pas. Il passe même devant la maison de Vanessa et jette un coup d'oeil à la fenêtre. Il les voit jouer à cache-cache. Il les voit aller à la boulangerie un peu plus loin. Il est 18 h 15.

Une demi-heure plus tard, Élisabeth quitte sa copine pour rentrer chez elle. Fourniret redémarre sa voiture, fait demi-tour un peu plus loin. Il s'arrête, sort de sa voiture et accoste Élisabeth. Il prétexte un problème de santé avec l'enfant. Il demande à Élisabeth si elle connaît un médecin. Elle monte à bord pour leur indiquer la route... C'est son dernier voyage.

L'enquête démarre le jour même (lire demain). Des hommes de la PJ et de la BSR travaillent sur le dossier. Au fil du temps, les pistes sont nombreuses, aucune n'est négligée. On voit ainsi Élisabeth à Mornimont, Liège, Amsterdam, Ténérife où quatre pistes ont été explorées mais aussi en Sicile, au Caire, en Nouvelle-Calédonie...

Dutroux, puis Fourniret

Tout le quartier de Saint-Servais est lui aussi passé au peigne fin. Un travail de fourmi qui permet de débusquer d'autres prédateurs d'enfants.

Et puis survient l'affaire Dutroux. Une cellule d'enquêteurs est mise sur pied, les dénonciations affluent, on indague tous azimuts, mais toujours rien.

Il faut attendre l'arrestation de Michel Fourniret pour un enlèvement à Ciney, en juin 2003. Et puis encore attendre un an, juin 2004, et les aveux de sa femme Monique Olivier pour que le voile se lève enfin sur la disparition d'Élisabeth Brichet. Et la découverte de son corps, à Sautou.

Quinze ans d'attente, d'angoisse, d'espoirs déçus, de douleur.

Albert JALLET & Samuel HUSQUIN