Le procès Fourniret: Dossier spécial

Le procès Fourniret: Dossier spécial

(photo Belga)

EXCLUSIF | A quelques jours du procès du tueur en série, votre journal se penche sur "l'orgre des Ardennes". Chaque jour, nous ouvrirons un volet du dossier. Premier rendez-vous aujourd'hui avec 8 pages spéciales : Qui est Fourniret? Un pervers qui explique son parcours sanglant par une «quête de la virginité». La réalité est plus sordide et minable.

Un tueur en série de l'envergure de Fourniret suscite le fantasme de la personnalité complexe et de l'intelligence machiavélique. C'est d'autant plus vrai dans cette affaire que l'intéressé lui-même entretient sa «légende» par un délire distillé dans les nombreux courriers à ses avocats, et à ceux des parties civiles. Avec comme leitmotiv une quête de la virginité.

Extrait de ses pensées malsaines : «Le compagnon de route qui est l'homme sous le nom de mari ou sous un autre nom, a pour devoir, dès qu'il a pris connaissance que Dame Nature ne fait jamais rien sans raison, de suivre le chemin qu'elle a tracé. Comment se montrer digne, autrement qu'en arrivant non souillé à l'instant de la rencontre?»

Parce qu'à son premier mariage, il aurait constaté que sa moitié n'était pas pucelle, il se serait lancé dans une recherche quasi mystique de la virginité. En s'en prenant à des victimes, sélectionnées selon ses critères délirants.

L'explication des actes de Michel Fourniret pourrait s'avérer bien plus minable que celle fournie par son ego démesuré. Oublions le phrasé alambiqué du monstre et sa «philosophie» à deux sous pour retenir l'hypothèse lancée par des experts, qui l'ont examiné : il s'agirait d'un pédophile qui s'ignore ou refuse de le reconnaître. Ou comment camoufler sa nature profonde dans une recherche de la pureté.

Les psys ont peut-être visé juste, car Fourniret, confronté à ces analyses, entre dans des colères noires. Il a dit un jour qu'il était pire que Dutroux, mais n'accepte pas d'être traité de «simple» pédophile. Ne lui en déplaise, le procès pourrait confirmer la banale et tragique vérité sur les motivations et la réalité psychique du principal accusé.

Les assises de Charleville permettront peut-être de tordre le cou à un autre canard, voulant que le tueur en série soit doté d'une intelligence supérieure. Autre mythe, quasi systématique lorsqu'il est question de ce genre de personnages. Avant qu'on connaisse le passé sanglant de l'Ardennais, «uniquement» poursuivi pour l'enlèvement d'une jeune Cinacienne, son quotient intellectuel tournait autour des 90. «Il a ensuite explosé pour atteindre 120 ou 125» explique l'un de ses avocats belges, Me Luc Balleux. De quoi relativiser. Son confrère Bernard Castaigne ajoute que Fourniret lui apparaît «comme indéniablement intelligent, manipulateur et grand tacticien». Nous en déduirons que l'accusé est peut-être plus malin que doué d'une intelligence brillante.

Nécessité fait loi, cela vaut pour «l'ogre des Ardennes». Coincé comme il l'est actuellement, et pour toujours, il le sait, il a organisé son existence carcérale en continuant à soigner sa «réputation» : il parle de «vie monastique», partagée entre lecture, écriture, et interminables parties d'échecs électroniques.

Fourniret est un détenu modèle, respectueux de l'autorité. L'homme s'adapte aux circonstances. Une constante dans son existence. En 1987, il est lourdement condamné par la cour d'assises d'Evry, en France, pour des faits de moeurs très violents. À sa sortie de prison, il fait ce simple calcul : des témoins vivants, cela signifie de sérieux ennuis. Alors qu'il n'avait jamais tué (en tout cas, rien ne l'indique), il fera désormais le vide derrière lui.

Abominable froideur : les victimes, il les a supprimées comme de simples obstacles à son parcours, qu'il n'a jamais regretté, et ne regrettera sans doute pas, confronté aux parties civiles. On ne peut attendre de lui qu'un délire sur sa «quête», il se comporte comme une «diva». Tout pour apparaître comme exceptionnel, hors norme. Tout pour gommer une réalité bien plus minable.

Prolongez l'info dans L'Avenir, Le Jour, Le Courrier de ce mardi 18 mars.