Vivre plus simplement, lâcher prise des soucis matériels inutiles, remettre le train-train en question, se désencombrer des émotions résiduelles... Histoire de vivre sa propre histoire.

U n maître spirituel a un jour écrit : «La vie spirituelle n'est pas un processus d'addiction, mais plutôt de soustraction». Lorsqu'on se désencombre sur tous les plans - matériel, émotionnel, mental et spirituel - alors il devient plus facile de donner de l'espace à ce qui peut advenir. Concrètement, n'avez-vous jamais remarqué combien il devient plus facile de travailler et de créer une fois que vous avez simplement rangé votre cuisine, votre bureau ou votre établi? De même, quand on s'enferme dans des idées fixes et (ou) noires, privé de toute liberté intérieure, il devient impossible d'accéder à la moindre joie.

«La cause de la souffrance est l'attachement, c'est-à-dire le fait de poser des conditions préalables à l'obtention du bonheur», enseignait Anthony de Mello, prêtre jésuite et homme de coeur. Animateur de retraites, ce théologien philosophe et psychologue ajoutait souvent dans ses conférences : «Il y a un chemin pour sortir de la souffrance : c'est le détachement par la prise de conscience et le discernement».

Lorsqu'on se laisse envahir et harceler par le brouhaha quotidien, il devient difficile d'apprécier tout ce qui est là, jour après jour. Difficile aussi dans ces conditions d'exprimer de la gratitude, de retrouver l'essentiel, d'être présent à l'instant et à la réalité du moment.

C'est le constat que font Rosette Poletti et Barbara Dobbs dans leur dernier ouvrage. Ces spécialistes de soins infirmiers et de l'accompagnement savent malheureusement que pour bon nombre de personnes, la vie n'est qu'une expérience de la souffrance au lieu d'être une quête au bonheur.

«Pas le bonheur qui résulte du succès, de la réalisation de projets et d'attentes. Pas celui, transitoire et fugace, produit par la richesse matérielle ou l'exercice du pouvoir», expriment-elles. Non, le bonheur dont elles parlent consiste en une manière d'être et de vivre dans la paix, l'amour et la compassion.

Nous ne sommes pas satisfaits lorsque nous possédons davantage de biens, mais quand nous allégeons notre marche. Tout le contraire des messages publicitaires. Trop souvent, nous achetons non pas parce que l'objet est nécessaire, mais parce qu'il comble un manque plus profond.

«C'est à l'occasion d'un deuil que nous nous rendons souvent compte de l'inutilité de bon nombre d'objets, cela nous apparaît dans toute sa réalité».

Pour les deux auteurs féminins, pour simplifier sa vie il y a deux questions à se poser : Qu'est-ce qui est essentiel pour moi? S'il me restait un mois à vivre, à quoi est-ce que j'utiliserais ce temps?

«Toutes les activités qui finissent par me maintenir dans une situation de stress sont-elles indispensables à ma carrière et à mon avenir? Est-ce que je sais dire'non'avec bienveillance aux sollicitations qui ne me conviennent pas?».

Se désencombrer sur le plan matériel, c'est peut-être la démarche la plus facile. En effet, elle suit l'analyse de la situation et la décision de faire de la place, de donner le superflu, de jeter l'inutile et de renoncer aux achats-alibis. À ces achats pansements qu'on fait pour soigner ses bleus à l'âme.

La rigidité des pensées, avec les «il faut, je dois, on ne peut pas faire autrement, c'est normal, c'est bien, c'est mal...» empêche l'adaptation créative et le sentiment de bien-être. Selon Anthony de Mello, prendre conscience, débusquer et éliminer progressivement nos programmations inutiles et néfastes serait le grand défi de notre vie.

«En disant'je choisis'plutôt que'il faut', je prends conscience que c'est moi qui décide et qui prends la responsabilité de mes actions».

Se désencombrer mentalement, c'est encore revisiter ses notions de réussite et d'échec. En réalité, il n'y a pas d'échec, il n'y a que des expériences d'apprentissage.

«Se désencombrer de l'inutile», R. Poletti et B. Dobbs, Éditions Jouvence - Les Pratiques - 4,90 €.

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