Pour la pédopsychiatre Catherine Jousselme, recomposer une famille s'apparente à un bricolage qui demande temps, souplesse et respect.

Catherine Jousselme, quels sont les outils pour «bricoler» une famille recomposée?

Pour recomposer, il est urgent de prendre son temps. Il faut aussi se dire que le mieux est l'ennemi du bien. On ne peut pas faire parfait. Il va falloir se laisser surprendre et adapter au coup par coup. Et puis, il est essentiel de ne pas imposer aux enfants ce que l'on vit soi comme étant une vérité absolue.

Parents et enfants évoluent dans des sphères émotionnelles différentes voire opposées

Oui, quand on recompose, on voudrait que tout se passe super bien pour tout le monde. On est très amoureux, on veut fabriquer une famille très vite mais les enfants, eux, sont dans la souffrance. On doit la reconnaître, avancer pas à pas, poursuivre son projet tout en reconnaissant que ce n'est pas facile pour eux. Ça, c'est peut-être la chose la plus difficile. Enfin, on ne peut pas obliger à aimer. Un beau-parent, ça se respecte mais on n'est pas tenu de l'aimer... comme ce dernier n'est pas obligé d'aimer ses beaux-enfants. C'est une histoire de rencontre, d'acclimatation, de tricotage. Il faut du temps pour que les enfants éprouvent la fiabilité du beau-parent, s'assurent qu'il rend vraiment heureux son parent pour éventuellement l'apprécier et peut-être un jour l'aimer.

Y a-t-il un délai à respecter avant de vivre sous le même toit?

Attendre moins d'un an, c'est risqué car il faut minimum un an pour faire le deuil de quelque chose. Mais cela peut prendre plus longtemps.

Et pour que la famille recomposée fonctionne bien?

C'est difficile à dire, certaines études parlent de deux ans, d'autres de cinq. À partir de deux ans, il y a une temporalité qui est installée. Les choses avancent.

Que conseillez-vous aux adultes impliqués dans un divorce?

Lorsque la séparation est asymétrique, le parent abandonné passe souvent par une phase dépressive. Il est essentiel de dire à l'enfant que ça n'est pas de sa faute, que ça ne doit pas l'empêcher d'être heureux lui et au besoin se faire aider. Sinon l'enfant va être en conflit de loyauté vis-à-vis de ce parent-là. Dès qu'il pourra être heureux, il va être aspiré par la dépression de ce parent.

Et pour l'autre parent et son nouveau conjoint?

Le parent qui s'en va a en général bien pesé le pour et le contre, il a fait le constat que sa vie de couple ne pouvait plus durer. Une fois la décision prise, inutile de se culpabiliser. Mais il est important de respecter l'autre, ne pas le disqualifier, ne pas remettre en cause l'amour qu'on a eu pour lui. L'enfant y est très sensible. Si ses parents se sont séparés quand il était petit, il n'a même plus le souvenir de ses parents heureux ensemble. Il est important qu'on lui dise que quand on l'a eu on s'est aimé.

Pour le beau-parent qui arrive, surtout pas de séduction. Il doit prendre le temps d'apprivoiser l'enfant en le respectant. Il peut lui dire que lui aussi est dans une situation d'apprivoisement, qu'il aime son parent, qu'ils vont apprendre à se connaître.

Vous parlez de l'importance de la confiance en soi.

Plus la décomposition d'une famille est violente, touche le narcissisme de l'un ou de l'autre - cela peut aller jusqu'à la perte de la féminité ou de la virilité - plus ça va être difficile pour l'enfant de s'identifier à son parent. Nous adultes avons le devoir de faire attention à nous pour l'enfant. Ce n'est pas toujours simple. Il y a des situations où l'on est impuissant parce que l'autre bloque toute possibilité de progresser. À ce moment-là, il est important de trouver un accord pour que l'enfant puisse parler à un tiers.

Quelles sont les perturbations observées chez les enfants?

Sans parler de pathologies, on peut évoquer certaines particularités : une organisation de la temporalité parfois un peu difficile, certains enfants vivent toujours avec un métro d'avance, sont incapables de vivre l'instant présent. L'enfant peut avoir du mal à appréhender la séparation en général (mort du hamster, déménagement de la voisine,...°). Quand les parents ne s'entendent pas sur un minimum de principes éducatifs, les enfants deviennent des tyrans faute de limites. Tout leur passer parce qu'on les considère comme les victimes, ce n'est pas un service à leur rendre!

Qu'est-ce que le divorce peut leur apporter ?

Le divorce fait des enfants qui sont plus matures par rapport au monde et aux adultes, plus indépendants. Mais il ne faut pas que cela aille trop vite. Ce sont aussi des enfants plus attachés aux liens de copains, aux amis.

Catherine Jousselme, «Ils recomposent, je grandis», Laffont.