Mondiaux indoor : Hellebaut, de plus en plus haut

La championne du monde du pentathlon a pris une nouvelle dimension, mais garde à l'esprit le concours olympique de la hauteur.

Les Fallas , à Valence, fêtent ces prochains jours la fin de l'hiver. Tia Hellebaut l'a fêtée à sa manière, vendredi passé. Championne du monde du pentathlon, la championne d'Europe du saut en hauteur, en salle et en plein air, a définitivement tiré un trait sur sa maudite saison 2007 et ces pénibles Mondiaux d'Osaka, fichus à cause d'une blessure à la cheville. L'année olympique qui s'ouvre a parfaitement débuté, donc, mais ne bouscule pas le programme. «Depuis quatre ans, on prépare la hauteur avec le pentathlon. Ce titre ne change rien, j'irai à Pékin pour la hauteur, pas pour l'heptathlon», a-t-elle rappelé ces derniers jours. Ses chances pour les Jeux? «J'ai le potentiel pour une médaille», assure-t-elle, sortie confiante de son fabuleux week-end.

Hellebaut dit avoir du caractère, cela s'est vu à la manière dont elle a terminé le 800 m de clôture du pentathlon. «Quand je monte sur la piste, c'est pour y aller à fond», répétait-elle, ajoutant : «Après un entraînement, même s'il a été difficile, il m'arrive d'aller jouer au squash.» Passionnée de sport, supportrice du G Beerschot (Marc Schaessens est le cousin de son père) et fan de Zinedine Zidane, la fille d'Anvers, installée à Tessenderlo, ne reste pas longtemps en place. Ce n'est sans doute pas pour rien qu'elle a choisi les épreuves multiples pour débuter l'athlétisme. «C'est mon premier amour, mais ma spécialité, maintenant, c'est la hauteur», assure-t-elle. Elle a ainsi abandonné l'heptathlon dans les grands championnats. «J'ai un problème de vitesse. Sur 30 ou 60 mètres, ça va, mais pour faire un 100 et un 200 m je suis beaucoup trop courte. La différence entre mon 60 m haies et mon 100 m haies est trop importante. Je souffre aussi d'un problème de récupération, mon deuxième jour est toujours laborieux.» Et puis il y a une épaule «qui bouge trop facilement» et la handicape pour le lancer du javelot.

À 30 ans, Hellebaut ne sait pas combien d'années au haut niveau elle a encore devant elle. «Deux ans, peut-être. Les J.O. de Londres 2012? Ce sera difficile.» Pékin 2008 sera plus que jamais un objectif, alors. La concurrence sera rude, avec notamment la Croate Blanka Vlasic, championne du monde hier et plus que jamais favorite. Elle pourra mettre en pratique l'une de ses devises : «Sois capable de faire des sacrifices pour vivre ton rêve.» Les sacrifices pour sa vie d'athlète, Hellebaut les a vraiment faits à partir de 20 ans. Jusque-là, elle était une étudiante en chimie qui aimait profiter de la vie, «comme tous les étudiants», précise-t-elle. Le déclic se produit à Göteborg, lors des championnats d'Europe Espoirs 1999. Elle a alors 21 ans. «J'ai terminé l'heptathlon à la 6e ou 7e place. Je me suis dit que j'avais peut-être du talent.» Sept ans après, dans la cité suédoise, elle sera sacrée championne d'Europe de la hauteur. Un symbole...

Avec Wim Vandeven, son coach-compagnon, Tia Hellebaut n'a cessé de franchir les paliers. Sa vie ne fut pourtant pas des plus simples. Née Tia Van Haver, elle est abandonnée à six mois, avec sa mère et son frère, par son père. En 1995, elle deviendra Tia Hellebaut, du nom de l'homme avec qui sa mère s'est remariée. Plus jeune, «jusqu'à 12 ans», elle est très timide, au point qu'aller «à la boulangerie m'était extrêmement pénible». Elle a grandi, pris confiance en elle, «notamment grâce au sport», et la voilà au sommet mondial.

Pour l'anecdote, l'IAAF faisait savoir que la Belge n'était pas la première spécialiste de la hauteur à gagner un pentathlon. En 1924, l'Américain Harald Osborn remportait le décathlon olympique. Point commun amusant : il concourrait également avec des lunettes. Myope, Hellebaut s'est résolue à garder ses lunettes depuis 2005. «Je souffre d'une infection aux yeux, et porter des lentilles pourrait aggraver plutôt que corriger.» Cela lui donne un look atypique dans les stades, elle qui ne court pas après les reconnaissances ou les sollicitations. «Je reste la petite Tia d'Anvers», sourit-elle. Une petite Tia devenue grande.