Sur ce Volk, c'était du Philippe Gilbertissimo

Sur ce Volk, c'était du Philippe Gilbertissimo

(photo Reuters)

Quand les coureurs reconnaissent la supériorité de l'un des leurs, c'est un signe. Sur le Volk de samedi, Philippe Gilbert a impressionné tout le monde.

On s'e st tous posé la question en même temps : lorsque Philippe Gilbert a démarré à cinquante kilomètres du but, en serrant les dents dans l'Eikenberg, on s'est demandé pourquoi. D'autant que le Liégeois s'était mis dans l'esprit d'aller rechercher tout seul un petit groupe d'échappés, qui naviguait encore en tête sur ce Volk avec plus de quatre minutes.

«Philippe n'en avait cure, rigolait son équipier Delage. Je lui ai pourtant dit que, seul, c'était difficile de boucher un trou pareil. Il y a quatre minutes, m'a-t-il demandé. C'est pas grave!» Et l'homme de partir pour un numéro grandiose, sans trop rien connaître des écarts qu'il creusait sur ceux restés derrière, et encore sans moins savoir s'il revenait sur le groupe de devant. «Les oreillettes ne fonctionnaient pas, raconte Philippe. Et il n'y avait pas d'ardoisier. J'étais donc un peu perdu, en manque de repères. De temps et temps, je me retournais et je ne voyais plus personne.»

Une fois revenu sur les attaquants de la journée, Kuschynski, Boucher, Friedman, Minard, Krivtsov, qu'il dépassa à la vitesse d'un TGV, Gilbert put aussi s'appuyer sur son équipier Arnaud Gerard, qui faisait partie de cette banderille.

«J'ai pu souffler pendant quatre ou cinq kilomètres, raconte encore celui qui allait remporter le Volk pour la deuxième fois de sa carrière. Puis je suis reparti. Je me sentais toujours aussi bien et plus l'arrivée approchait, plus je savais que c'était en ma faveur.»

Incroyable journée que celle de Gilbert. Gagner de cette manière, en accomplissant les 50 derniers kilomètres seul, en déposant tout le monde, cela fait songer à un certain Eddy Merckx. Gilbert sourit à cette comparaison un peu hâtive. Pas conscient de la portée de son exploit, d'autant que son début de course fut compliqué.

«Oui, j'ai été le premier coureur à subir une crevaison, riait-il, alors qu'on était équipé de pneus... anti-crevaison. J'ai mis une cinquantaine de kilomètres pour revenir dans le peloton.»

La suite, on la connaît : Gilbert qui fait son grand numéro et qui se permet de résister à des gars de la trempe de Nuyens, Hushovd ou Hoste. Du grand art, du grand spectacle.

«Je ne sais pas si j'aurais pu le suivre, avouait Nuyens. En fait, je n'ai pas essayé. J'ai regardé derrière moi et j'ai vu plusieurs coureurs. Je pensais qu'il était trop tôt pour démarrer et j'ai laissé filer Gilbert. Après, il a fallu trop de temps pour obtenir une cohésion au sein du groupe des poursuivants. Mais quand je vois de quelle manière Gilbert a fait le trou, je dois admettre que le meilleur a gagné aujourd'hui.»

«La manière dont Gilbert est allé chercher son succès est invraisemblable, commentait Leif Hoste : Nous l'avions en ligne de mire dans le Lange Munte, mais nous ne l'avons plus jamais revu après. Cela prouve que le plus fort a gagné.»

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