Trois ans de tôle pour une blague sur FaceBook

Fouad Mourtada songeait juste à une bonne blague...

La justice marocaine ne rigole pas avec ceux qui empruntent l’identité de leurs princes sur le réseau social FaceBook. Fouad Mourtada vient d’écoper de 3 ans de prison pour «outrage aux valeurs sacrées du royaume». Une sanction disproportionnée.

«J’ai été roué de coups. Ils m’ont craché dessus et m’ont insulté. On m’a frappé pendant des heures.» Non, Fouad Mourtada n’est pas prisonnier du régime cubain. Ni otage des FARC. Fouad est ingénieur. Et il raconte à sa famille les derniers jours qu’il vient de passer, dans les prisons marocaines. Comme seul crime, Fouad a créé un faux profil sur FaceBook, le fameux réseau social sur internet. Et ce faux profil était celui de Moulay Rachid, frère du roi Mohammed VI du Maroc.

Pour son «crime», le jeune ingénieur vient d’être condamné à 3 ans de prison ferme et à 900€ d’amende. Le tribunal de grande instance de Casablanca a reconnu Fouad coupable d’ «utilisation de données informatiques falsifiées et usurpation d’identité.» «Je l’admire, je l’aime bien», s’est pourtant défendu le prévenu face au président du tribunal pour expliquer pourquoi il avait créé cette page sur FaceBook. «Je ne lui ai causé aucun tort, c’était juste une plaisanterie. Je suis innocent».

En Belgique: condamnable en pricipe

Alors que de nombreux blogs marocains se sont mis en grève, qu’un site de soutien est né et qu’une manifestation est prévu à Paris, Amnesty International s’est élevé contre cette condamnation surprenante. «Nous sommes choqués contre cette sentence très lourde. Le verdict est disproportionné», s’insurge la mission d’Amnesty au Maroc et au Sahara Occidental. Qui estime aussi qu’une telle condamnation peut conduire à considérer Fouad Mourtada comme un prisonnier d’opinion. Le Maroc est en effet très sourcilleux quant aux respect des «valeurs sacrées du royaume», comme le rappelle le jugement.

Le procureur a dès lors plaidé pour un «châtiment exemplaire». La défense, qui a décidé de faire appel, précise pourtant que «le prévenu n'a commis ni escroquerie, ni porté atteinte à quiconque. Preuve en est qu'il n'y a ni plaignant ni partie civile à ce procès». Aux USA ou en France, personne d’ailleurs ne penserait à porter plaintes contre les milliers de profils de W. Bush ou de Sarko qui s’amoncellent sur FaceBook ou MySpace.

En Belgique, une telle blague ne serait condamnable qu'en principe. «Mais aujourd'hui, si on condamnait tous les blogs ou les dessinateurs qui assaisonnent le roi, les prisons en seraient pleines, reconnaît Michel Hermans, spécialiste des médias sélectroniques à l'ULG. Dans les années 50, un étudiant de l'Université Catholique de Louvain a visité un couvent en se faisant passer pour le roi Baudouin. Il y avait injure et usurpation d'identité de la personne royale. mais le roi a désiré que l'on ne poursuive pas, faisant preuve de sens de l'humour. La différence avec le Maroc est énorme: c'est une très jeune démocratie, voire une dictature royale. Usurper l'identité d'un prince peut y être assimilé à un crime de lèse-majesté.»  

Séduire les jeunes filles

Effectivement. Et pour se débarrasser du gêneur, la police marocaine a tenté de faire pression pour découvrir un lien entre Fouad Mourtada et des terroristes anti-royalistes. Un terroriste amateur ou grand naïf alors, pour préparer des attaques de chez soi, avec sa propre adresse IP non déguisée et sur l’une des plateformes les plus courues et les plus médiatisées du monde virtuel. Franchement, il aurait voulu se faire prendre qu’il n’aurait pas agi autrement. La police a aussi prétendu que Fouad se servait de FaceBook pour séduire des jeunes filles. Ce qui est faux puisque le jeune ingénieur n’a répondu à aucune sollicitation reçue par mail via son faux profil. Avec ses arguments hypocrites, la justice marocaine ne trompe décidément personne.

Julien RENSONNET