Il y a 22 ans, Patrick Bruel était déjà au sommet… de la citadelle de Namur

Il chantera ce dimanche 27 août, en tête d’affiche du Festival des Solidarité, sur l’esplanade de la citadelle de Namur . Mais voilà 22 ans, le 9 septembre 1995, Patrick Bruel, au premier pic de sa gloire, avait réuni 10 000 spectateurs au même endroit (et presque à la même heure). Nous y étions...

Xavier Diskeuve
Il y a 22 ans, Patrick Bruel était déjà au sommet… de la citadelle de Namur
Patrick Bruel sur la Citadelle, quelques heures avant le concert, donnant quelques consignes dans son blouson Harley Davidson...(Archives VA: Philippe Berger)

À l'époque, on était en pleine «Bruelmania». Certes, l'album «Bruel» sorti l'année précédente, n'avait pas eu le succès du précédent «Alors regarde», paru 5 ans plutôt (3 millions d'exemplaires vendus) et qui déroulait un chapelet de chansons qui sont restées ses plus grands tubes («Places des grands hommes», «Casser la voix», «J'te l'dis quand même»...). Mais «Patrick» restait malgré tout un fait divers ambulant, dont chaque apparition publique était susceptible de provoquer une petite émeute.

Et donc, son concert ouvrait la semaine des Fêtes de Wallonie à Namur, s’inscrivant dans une lignée de mega-concerts mémorables organisés sur l’esplanade de la Citadelle. Cela avait démarré en 1991 avec Johnny Hallyday (gratuit, 40 000 spectateurs), puis Dutronc en 1993 (gratuit, 60 000 spectateurs sous la drache), France Gall et Julien Clerc, double tête d’affiche en 1994 (à 700 francs le ticket cette fois, soit 17,50 euros, et donc nettement moins de monde). Bruel (concert payant également) allait être le dernier de cette glorieuse série.

Le samedi 9 septembre, 16 h 30, sous un temps incertain, il était donc sur pied de guerre, à Namur, sur l’énorme podium, pour une répétition de 40 minutes, coiffé d’une casquette et vêtu d’un blouson «Harley Davidson». Parti de Paris, il était arrivé peu avant au sommet de la Citadelle au sein d’un équipage de deux voitures: une impressionnante Mercedes 600 noire, chargée d’aimanter les fans déjà présents, cependant que lui-même suivait, planqué dans une Renault Safrane aux vitres teintées, nettement moins repérable.

 En plein «répet’», l’après-midi. (Archives VA: Ph. Berger
En plein «répet’», l’après-midi. (Archives VA: Ph. Berger

Durant la répétition, entre deux averses, il n’y avait qu’un seul photographe sur place, Philippe Berger, de notre journal «L’Avenir». Mais c’était déjà trop pour Patrick qui très vite demandait à son service d’ordre d’éloigner notre reporter.

Peu après, toutefois, le chanteur remarquait que ses fans en chaises roulantes (déjà placés, cinq heures avant le concert) étaient assez éloignés à la scène. Après les avoir gentiment salués un par un (et tolérant à ce moment la présence de notre photographe, miracle!), il avait exigé qu'on leur libère un espace au pied du podium. « Oui, mais il faut demander à l'organisateur» , s'était inquiété un commissaire de police. Et Patrick de répliquer, royal: « l'organisateur c'est moi».

Installé dans des loges mobiles, à l’arrière du podium, Patrick ensuite avait pris le temps de répondre à quelques interviews de télé et radio, déplorant toutefois qu’on lui pose toujours les mêmes questions. ¨

Pour varier, nous lui avions donc demandé pourquoi il arborait un blouson «Harley Davidson» même lorsqu'il ne roulait pas à moto. Il nous avait répondu: « Heureusement que tous les gens qui ont des vestes Marlboro ne roulent pas dans des Formule 1, parce qu'ils ne vendraient pas beaucoup de fringues, les malheureux».

 Tout mignon à son entrée en scène (Archives VA: Ph.Berger)
Tout mignon à son entrée en scène (Archives VA: Ph.Berger)

À l'époque, Patrick avait deux sujets de prédilection: la résistance à l'extrême-droite (traduite par des attitudes engagées, ou la chanson « Contre les murs»), et... le sport, étant donné qu'il jouait encore régulièrement au football (au poste de demi-offensif!) et qu'il était un acharné du tennis. Nous lui avions demandé si, à cause de cet esprit compétiteur, il se sentait «champion de France de méga-concert»: «Oui, nous avait-il répondu, dans le sens où je veux que ce soit toujours rempli, que les gens aient passé une bonne soirée. Sinon, quand je monte sur scène, je ne suis en compétition avec personne. Sur un court de tennis, par contre, là, je meurs pour gagner».

Le concert n’avait démarré qu’à 21 h 30, devant 10 000 spectateurs (les organisateurs étaient assez déçus sur ce plan) et dans l’hystérie qu’on devine, le public chantant certains titres tout autant que le chanteur.

Un set copieux, deux bonnes heures de prestation et de multiples rappels, ponctués d'une reprise de «Les uns contre les autres» en duo improvisé avec Maurane (duo négocié «à l'arrache» par la chanteuse belge, dix minutes auparavant lors de la première sortie de scène de l'artiste). «Vous allez rater le dernier train», avait-il lancé au public peu avant la fin.

 Vous y étiez? Vous vous reconnaissez? (Archives VA: Ph.Berger)
Vous y étiez? Vous vous reconnaissez? (Archives VA: Ph.Berger)

À 23 h 27 pour être précis, Patrick prenait définitivement congé de ses fans et s’en allait par l’arrière du podium. La fameuse Mercédès 600 noire l’attendait, moteur allumé depuis vingt minutes. Il se mettait au volant, son agent s’installant à côté de lui. Petit salut aux organisateurs et puis en route, direction Paris.

Et cependant qu’il dévalait les lacets de la Route Merveilleuse, sur l’esplanade de la Citadelle, le public le réclamait encore, espérant son retour!

Retour qu'il fera finalement ce dimanche. Même endroit et presque même heure, sur l'esplanade «des grands hommes»! Entonnera-t-il d'ailleurs «On s'était donné rendez-vous dans 22 ans » ?

Il avait dédicacé «Qui a le droit?» à Julie et Mélissa, introuvables alors depuis deux mois

Il y avait eu durant ce concert un moment d'émotion assez particulier, mais dont on ne pouvait à ce moment deviner le drame épouvantable qu'il concernait. L'après-midi du concert, les parents de Julie et Mélissa avaient, via un confrère, fait demander au chanteur s'il ne voulait pas dédier sa chanson «Qui a le droit?» (qui parle de l'enfance) aux deux fillettes, disparues deux mois plus tôt et dont ils cherchaient désespérément la trace à l'époque. On ne savait encore rien alors du sort funeste qui les attendait, on ne savait rien de Dutroux, de sa sinistre compagne, et de la liste de leurs victimes. Le cauchemar des Belges n'était encore que le cauchemar de deux familles de Grâce-Hollogne. Débarquant de France, Bruel n'était pas au courant de cette double disparition mais il avait de suite donné son accord. Les deux prénoms de Julie et Mélissa avaient été collés sur son piano. Et au cœur de son concert, tout en pianotant l'intro de la célèbre chanson, il n'avait pas oublié la dédicace, ajoutant «une pensée particulière pour les parents».