Pokémon Go pour les nuls

Pokémon Go est LE phénomène du moment. Disponible depuis samedi en Belgique, l’application mobile propose de partir à la chasse aux Pokémon grâce à la technologie de la réalité augmentée. Vous n’y comprenez pas grand-chose? On vous éclaire.

Maureen VAN DAMME

Les Pokémon sont de retour! L’application Pokémon Go a été lancée le 6 juillet par la start-up américaine Niantic, ancienne filiale de Google et en collaboration avec Nintendo. Elle connaît un succès fulgurant. Jusqu’à faire exploser l’action Nintendo à la bourse de Tokyo. Ou encore dépasser le nombre d’inscrits sur l’application de rencontre Tinder aux États-Unis. Rien que ça.

Engouement planétaire

Pokémon Go a d’abord été lancé gratuitement sur les stores Android et IOS aux États-Unis, en Australie et en Nouvelle-Zélande, et a depuis atteint l’Europe, en commençant par l’Allemagne. Mais grâce à des versions alternatives facilement téléchargeables, les joueurs impatients de tous pays peuvent déjà partir à la chasse aux Bulbizarre et aux Pikachu! Le jeu est déjà incontournable partout dans le monde.

Tellement incontournable que les serveurs informatiques ont vite été saturés et que la sortie de l'application en Europe a été retardée dans un premier temps. Les Belges ont pu s'en rendre compte samedi. Mais les développeurs de Niantic travaillent activement à des solutions, et le jeu commence finalement à être disponible progressivement sur le continent.

Des Pokémon dans la nature

Si l’application séduit une si grande audience, c’est parce qu’elle actualise un jeu lancé vingt ans auparavant au succès international et qu’elle utilise une technologie encore peu connue: la réalité augmentée.

Dans ce nouveau jeu, l’utilisateur doit toujours attraper des Pokémon, de la contraction de «Pocket» (poche) et «Monsters» (monstres). En les capturant, ceux-ci sont enfermés dans ce qui s’appelle des Pokéball: des boules de petite taille rouge et blanche qui permettent de les transporter.

Pour les attraper, le joueur doit sortir de chez lui… et marcher. Grâce à la géolocalisation et à l’appareil photo du smartphone ou de la tablette, l’application guide ses pas, en lui indiquant où trouver des Pokémon dans le coin. Quand l’un d’eux surgit à l’écran, il apparaît dans l’environnement qui entoure le joueur. Cela peut être dans la rue, un restaurant, une bibliothèque, une rivière ou encore sur une poubelle. C’est drôle, et il faut s’attendre à tout, une des raisons pour laquelle l’application est devenue virale en si peu de temps.

Pour obtenir des objets ou entrer dans des arènes de combat, l’application envoie également les joueurs dans des lieux publics. En peu de temps, cela a déjà laissé place à des situations cocasses, relayées sur les réseaux sociaux et par les médias. (voir encadré plus bas)

La Pokémania continue

À la base, Pokémon est un jeu vidéo de la marque Nintendo. Les premières versions japonaises sont lancées en 1996, mais n’arrivent en Europe qu’en 1999. Depuis le lancement du jeu, 250 millions de jeux ont été écoulés et de nombreux produits dérivés ont suivi, comme une série animée, des films animés, des cartes à jouer, etc. Des produits auréolés de succès, qui font vivre la «Pokémania», l’engouement fanatique lié au phénomène. Une chose est sûre, avec la nouvelle application, la folie Pokémon a encore de beaux jours devant elle!

Clément et Gaspard, adeptes de la première heure

Clément, 25 ans : «Le premier jour, j'ai passé pas mal de temps, presque une heure et demie. Puis, maintenant je joue quand je dois me rendre à un endroit à pied et que je suis tout seul, ça passe un peu le temps. Je trouve ça divertissant. Mais bon, il ne faut pas non plus passer ses journées qu'à ça. Je pense que le phénomène fait le buzz mais va sans doute se calmer, au final c'est toujours la même chose: marcher et essayer de capturer des Pokémon qu'on n'a pas encore! Si le jeu n'évolue pas, la folie va vite retomber… »

Gaspard, 22 ans: « J'aime beaucoup le fait de devoir sortir et marcher pour avancer dans le jeu, que ce soit à pied ou à vélo, les «Pokéstop» permettent de s'intéresser à des endroits devant lesquels on serait habituellement passé sans faire plus attention que ça. Ce qui est plaisant aussi, pour notre génération des 20-30 ans, c'est surtout de pouvoir réaliser un «rêve de gosse», on rêvait tous à 6-7 ans, quand on allumait la TVen rentrant de l'école, de pouvoir être un dresseur Pokémon comme Sacha!»

Pokémon Go en quelques chiffres

Depuis le 6 juillet, les chiffres s'affolent concernant tout ce qui entoure Pokémon Go. À commencer par l'action Nintendo qui, depuis le lancement du jeu a grimpé de 120%.

Lors de la première semaine, le jeu a été téléchargé 7 millions de fois et généré 14 millions de dollars de recettes.

Une application britannique et un site américain proposent déjà un service payant pour envoyer d'autres personnes chasser les Pokémon à notre place! Comptez 17 euros par heure ou 9 euros pour 2 km.

Le site 2ememain.be a enregistré une forte augmentation du nombre d'anciens objets Pokémon mis en vente (6725 annonces) depuis le lancement de l'application. Le nombre de recherche a lui presque doublé.

Si l'application est gratuite, il est tout de même possible d'acheter des objets pour progresser plus vite: de 0,99 à 99,99 euros

Y a-t-il des risques à installer l'app?

Sur son blog, Adam Reeve, ingénieur travaillant à l'analyse des risques de la cybercriminalité, a dévoilé d'importantes lacunes liées à la protection des données. Il explique que l'application exige l'accès à des informations personnelles, grâce au compte Google, peut envoyer des mails à notre place ou encore effacer nos documents Drive. Niantic a déjà réagi en annonçant une erreur et en effectuant une mise à jour pour la rectifier. Google, par contre, a démenti avoir les capacités d'intrusion citées par l'ingénieur.

Et déjà, les histoires insolites se multiplient!

La liste n'est pas exhaustive, mais en voici une sélection:

À Rekkem, en Flandre, deux frères de neuf et douze ans ont été retrouvés en pyjama à un kilomètre de chez eux. Leurs parents pensaient qu'ils avaient été enlevés alors qu'ils étaient simplement partis chasser des Pokémon.

En partant à la recherche d'un Pokémon aquatique, une jeune américaine de 19 ans de Riverton (État de Washington) a découvert un cadavre dans une rivière.

Trois jeunes de l'État du Missouri, aux États-Unis, ont profité du jeu pour attirer au total onze joueurs et les dépouiller de leurs biens. Ils utilisaient un objet spécifique du jeu pour attirer les Pokémon, et donc forcément les joueurs en recherche!

Toujours aux États-Unis, deux hommes sont tombés d'une falaise à Encinitas, en Californie, après avoir traversé une zone clôturée. Malgré une chute de huit et quinze mètres, les deux joueurs s'en sortent avec des blessures sans gravité.

En Australie, à Darwin, un commissariat est devenu un Pokéstop, un point d'intérêt pour les joueurs. La police a donc posté sur Facebook un message pour prévenir les joueurs qu'ils pouvaient y accéder sans devoir pénétrer dans le bâtiment.

Le Musée de l'Holocauste, à Washington, a lui aussi reçu la visite de joueurs en quête de petits monstres. Le directeur a toutefois estimé que chasser des Pokémon était inapproprié dans un endroit comme celui-là. Le musée cherche à être exclu du jeu.