« La spéculation alimente la faim » - 19/06/2014

Six ONG demandent au futur gouvernement de s’engager à interdire les fonds spéculatifs sur les matières premières agricoles.



Elles étaient deux banques à avoir répondu, hier, à l’interpellation des ONG qui dénoncent la spéculation sur les matières premières agricoles. Ce sont les bons élèves de la classe belge. Belfius et KBC. La première a retiré de son offre le fonds d’investissement contesté, rapidement après la publication, il y a tout juste un an, d’un rapport pointant du doigt ces «complicités dans la spéculation sur l’alimentation» qui favorisent la volatilité des prix agricoles. Et qui par là, expliquent les ONG, portent une lourde responsabilité dans la faim dans le monde.

KBC a elle aussi prévu, pour la fin de cette année, de fermer un fonds contesté. La banque a également adopté une position de principe claire, s’engageant à ne pas organiser des activités spéculatives sur les matières premières agricoles. Sans toutefois s’interdire de vendre des produits venant de tiers, à la demande du client.

Les autres banques pointées du doigt ont peu bougé: AXA, ING, ABN Amro, Keytrade, et surtout BNP Paribas Fortis et la Deutsche Bank qui sont les plus actives dans ces produits spéculatifs mis en vente en Belgique. Le volume global de ces produits d’investissement s’élevait quand même à 5,2 milliards en 2013, dont 1,2 milliard plus directement lié aux matières premières agricoles.

«Ça fait peu de différence»

Il y a des déclarations d’intention. «La plupart des banques se disent attentives au problème mais en pratique, on doit bien constater que cela fait peu de différence», explique Virginie Pissoort, de SOS Faim, évoquant un «bilan mitigé» de l’action des ONG, qui a néanmoins permis d’établir le dialogue avec la plupart des banques concernées (sauf Rabobank). Les grandes banques étrangères actives sur notre marché peuvent se retrancher aisément derrière la politique internationale du groupe, arguant parfois (ING, Deutsche Bank) que leur filiale belge s’abstient de proposer à ses clients les produits incriminés. Toutes recevront néanmoins les quelque 8 000 lettres adressées par des citoyens, qui estiment «qu’on peut s’enrichir sans faire crever les gens» pour reprendre les termes forts de l’une d’elles.

Appel au courage politique

La défiance des clients est une chose. Mais à présent, c’est vers le futur gouvernement que les six ONG (*) se tournent. Lui demandant d’inscrire dans la déclaration gouvernementale l’interdiction de commercialiser des fonds d’investissement de type spéculatif liés aux matières agricoles.

«C’est essentiel pour nous qu’on ne commercialise plus du tout ces fonds», estime Virginie Pissoort. Le précédent gouvernement avait échoué à s’entendre sur une telle loi. Les lobbys financiers et agricoles sont puissants. Échec aussi pour faire voter pareille proposition au niveau européen. «Mais un pays peut le faire seul en invoquant des raisons majeures. La Belgique a pris l’initiative pour les armes à sous-munitions et cela a fait boule de neige. C’est aussi une question de courage politique.»

Ces six ONG sont: CNCD, 11.11.11, Oxfam, SOS Faim, Fairin et le Réseau Financité.

Jean-Christophe HERMINAIRE,J.-C.H. (L'Avenir)