Le petit régime des fonctionnaires européens - 27/12/2011

BRUXELLES -

C’est la crise. Les fonctionnaires européens vont aussi devoir faire des efforts, estime la Commission du bout des lèvres. Des efforts, très relatifs…



La pression de la majorité des États membres est énorme sur la Commission européenne. Ils veulent que celle-ci impose une série de réformes au statut des fonctionnaires européens dont les salaires et les avantages apparaissent de plus en plus comme indécents à l’heure où tout le monde se serre la ceinture. Les États exigeaient par exemple que soit gelée pour 2011 l’indexation automatique des salaires européens de 1,7 %. Décision refusée par la Commission parce que, dit-elle, les conditions juridiques actuelles ne permettent pas une telle mesure…

Le 13 décembre dernier, toutefois, la Commission a proposé une série de mesures destinées à calmer les esprits et à montrer sa bonne volonté en matière de limitation des dépenses. Des propositions d’ores et déjà jugées comme insuffisantes par plusieurs pays, dont la France. Et, à l’inverse, comme totalement scandaleuses par les puissants syndicats de la fonction publique européenne.

Ils jugent en effet que la réforme des statuts de 2004 avait déjà largement et suffisamment touché aux droits acquis des fonctionnaires.

Solidarité !

Les fonctionnaires européens ne vont pas rire. Ceux qui ne le sont pas, si : en constatant la relativité des efforts qui devraient être fournis.

D’abord, la Commission propose une réduction de 5 % du personneldans toutes les institutions entre 2013 et 2017 via le non-remplacement de départs naturels. Les fonctionnaires devraient voir leur temps de travail augmenter de 37,5 à 40 heures, sans compensation salariale. Côté fin de carrière, la prépension possible passera de 55 à 58 anset le recours au dispositif sans réduction des droits à la pension sera diminué de moitié.

L’âge normal de la retraite passera, lui, de 63 à 65 ans(il était de 60 avant 2004). Et les possibilités de continuer à travailler au-delà de 65 ans (jusqu’à 67) seront étendues.

Et puis il y a cette belle solidarité européenne : « afin de tenir compte des difficultés économiques actuelles » dit la Commission, « le prélèvement spécial de solidarité passera de 5,5 à 6 % ».

Rayon rémunérations, les salaires des nouveaux travailleurs recrutés pour des tâches de secrétariat et de bureau seront réduits de 18 %. Ce qui leur laisse tout de même encore un salaire très confortable (lire par ailleurs).

Une nouvelle méthode de calcul sera proposée par la Commission afin d’adapter les salaires et les pensions au coût de la vie basé sur les décisions politiques prises dans les 27 États membres. Ce qui signifie que la Commission ne compte pas supprimer cet index pour les fonctionnaires mais bien l’adapter. Amusant quand on sait le zèle avec lequel la Commission fait pression sur la Belgique et le Luxembourg pour supprimer leur système national d’indexation automatique des salaires…

L’Union espère au travers de ces mesures économiser 1 milliard d’euros d’ici 2020 et, à long terme, 1 milliard par an.

Une paille quand on voit les efforts de rigueur voire d’austérité qui sont demandés au citoyen belge, par exemple (11 milliards en 2012). Sans parler du saignement à blanc des Grecs ou des Italiens. Autant dire qu’au pro rata, les efforts des fonctionnaires européens s’apparenteront plus à une légère diète qu’à un régime drastique.¦

Martial DUMONT (L'Avenir)