Profession : cimentier - rocailleur - 03/10/2009

Quand le cimentier se fait rocailleur ou rustiqueur , la végétation envahit nos rues pour leur donner des touches écologistes avant l'heure...

Le décor est , disons, particulier. On aime ou on déteste mais il ne laisse pas indifférent. Ce « style », c'est celui créé par des façades ou autres éléments de bâtisses décorés en rocaille, sous forme de mise en scène de la nature.

Les « artistes » qui le pratiquent sont en fait des cimentiers, mais des cimentiers inspirés ( !), qui n'hésitent pas à doter leur matériau - en principe pas des plus éclatants ou des plus affriolants - d'un charme tout à fait étonnant.

L'exemple le plus décoiffant de ce « style forêt » a malheureusement disparu de notre paysage. Il se trouvait à la rue Sainte-Germaine, près du pont du même nom qui était à l'époque emprunté par le tram. Une grande maison, en fait un bistrot, baptisé « Au pont Ste-Germaine ».

Toute la façade était décorée au ciment, avec des motifs rappelant des troncs et branches d'arbres. Notre photo vous donne une idée du résultat, de l'art écologiste avant l'heure... Malheureusement, la bâtisse qui aurait pu devenir le siège du parti Écolo à Mouscron (si M Bracaval lui avait prêtée vie...) a été rasée.

Les toilettes étaient ouvertes sur l'extérieur...

Le ciment en tant que tel a été « découvert » en 1817 ; le brevet pour le ciment artificiel déposé en Angleterre en 1824. Et c'est en 1848, à Versailles, qu'une première « oeuvre » du genre a vu le jour, sous forme d'une fausse barque en cimentage dans les célèbres jardins du château.

Deux ans plus tard, Joseph Monier contribue à développer ce style. Il s'est spécialisé dans la rocaille en jetant du ciment sur des armatures métalliques. Le premier rocailleur ou cimenteur ou encore rustiqueur était né !

Chez nous, une famille de plafonneur - cimentier s'est spécialisée dans ce type d'ouvrage : les Barbieux. Ils habitaient à la rue des Moulins 59, dans une maison millésimée 1792... démolie en 2007.

Alfred, le père, et Roger, le fils (qui a fait son apprentissage du modelage aux Beaux-Arts de Tourcoing), ont laissé des témoignages de rocaille en divers endroits de notre ville . Le plus éloquent à la rue Ste-Germaine a donc disparu (on le devait sans doute à Alfred). Idem pour cet incroyable cabinet de toilette situé à l'arrière de leur habitation personnelle. Imaginez la sensation de communion avec la nature que devaient éprouver les « utilisateurs » plongés dans ce décor végétal artificiel et naturel (le cabinet extérieur n'était pas muni de porte)...

Le balcon du pavillon

Une autre utilisation de la rocaille est restée bien connue et visible de nos jours, à savoir la confection de grottes, parfois imposantes, qui visaient souvent à reconstituer la configuration originale de Lourdes. Il en reste trois à Mouscron : près de l'église du Tuquet, au Mont-à-Leux (rue de la Grotte) et rue de Menin dans le jardin des Rédemptoristes.

Enfin, relevons que les réalisations en rocaille concernaient parfois (souvent) un élément isolé du bâtiment, voire un meuble de jardin. Le meilleur exemple du premier cas nous vient du pavillon implanté au coeur du jardin du musée de Folklore qui possédait un magnifique balcon style rocaille (il n'en reste que les deux piliers).

« Dans le cadre de notre important projet d'extension et de mise en valeur, nous souhaitons le restaurer », explique Véronique Van de Voorde, « car l'érosion a provoqué de sérieux dégâts aux mortiers qui recouvraient la structure interne. »

Enfin, comment ne pas évoquer cet autre cliché que vous voyez par ailleurs dans le pavé central, autant pour le magnifique banc en rocaille que l'on y découvre, que pour le sens de la galanterie qui régnait à une certaine époque...

(Le Courrier de Mouscron)