Kinkempois accueille des locos mythiques

L’atelier de Kinkempois abrite deux locomotives mythiques. L’une a été rénovée, l’autre va l’être. Elles se retrouveront au musée en 2014.

Philippe Leruth
Kinkempois accueille des locos mythiques
Loc vapeur 1.jpg ©ÉdA

L’une resplendit, sous ce froid soleil de mars. L’autre entre lentement dans l’atelier de Kinkempois (Liège), sans les volutes de fumée qui l’accompagnaient à l’époque de sa gloire. Car la locomotive de type 12.004, tractée par une machine diesel depuis Louvain, dans la nuit de mardi à mercredi, a connuson heure de gloire en 1938, quand sa pointe de vitesse à 138km/h entre Ostende et Bruxelles lui a valu le «ruban bleu», d’un record du monde.

Carénage

C'est le dernier exemplaire existant, qui va être remis à neuf. On en dénombrait six au départ, produites par le «Consortium belge des constructeurs de locomotives», conduit par Cockerill, en 1936. «Elles étaient carénées, comme toutes les locomotives rapides construites à l'époque», explique Pierre Vanweert, ingénieur au service Tractions de la SNCB. La plupart ont été modifiées après la Seconde guerre mondiale; la 12.004, elle, a gardé sa ligne, qui a séduit François Schuiten, l'auteur de bande dessinée.

Pendant quatre mois, les ouvriers de Kinkempois vont lui rendre sa jeunesse: la SNCB entend en faire la pièce-maîtresse de son musée «Train World», qui doit s’ouvrir en 2014 à Schaerbeek.

Combien ce «lifting» coûtera-t-il? Les travaux n’ont pas encore été chiffrés. Mais pour une autre locomotive rénovée de fond en comble, la facture s’est élevée à 800 000euros. Or on sait que la 12.004 nécessitera une nouvelle chaudière, si on veut la faire rouler à nouveau.

L’opération la ramènera sur les lieux de sa naissance, aujourd’hui occupés par CMI (Cockerill Maintenance & Ingéniérie), dont une des branches fabrique toujours des chaudières.

Le toilettage de la 10 008, un autre «monstre» des collections de la SNCB, a été, lui, beaucoup moins onéreux: quelque 100 000euros.

Championne du dénivelé

Plus ancienne que la 12.004 – elle a été produite entre 1910 et1914 – elle pouvait s’enorgueillir, à l’époque, d’être la plus puissante (226V) du continent.

Sa puissance en a fait la championne du dénivelé: dernière survivante des 58 exemplaires produits, elle a été en service sur les lignes de Verviers et Luxembourg. Sa cadette, elle, n’était à l’aise que sur sol plat: elle n’a roulé qu’entre Bruxelles et Ostende.

«Avant de la rénover, nous avons accueilli son dernier chauffeur, âgé de 86 ans, afin de lui demander des détails sur l'aspect du poste de conduite», narre Pierre Vanweert. «Il n'a rien pu nous dire, tant il pleurait d'émotion».

La 10.008 a roulé jusqu’au 30décembre 1956. La carrière de la 12.003, elle, a été plus courte: à la fin 1962, ses roues de plus de 2 mètres de diamètre, ont cessé de tourner. Elles se sont remises en branle pour la ramener de Louvain à Kinkempois, et, d’ici à quelques mois la conduire au musée de Schaerbeek. Pour un arrêt définitif?