Van Ypersele à propos de la COP21: «On sait que ce sera insuffisant »

Jean-Pascal van Ypersele le dit: Paris n’aboutira pas à des résultats suffisants. Mais ce ne sera pas nécessairement un échec.

Dominique Vellande

Jean-Pascal van Ypersele (*), le sommet climatique de Paris peut-il être une vraie réussite?

Je l’ai dit avant la dernière conférence de Lima et je peux le répéter aujourd’hui: les résultats ne pourront pas être suffisants. C’est une donnée de base.

Des résultats insuffisants signifient-ils que c’est un échec programmé?

Non, je ne dis pas ça. Le vrai enjeu de Paris, c’est d’aboutir à une méthode partagée par tous les pays pour évaluer et surveiller leurs engagements. Car c’est ce qui est inédit: tout est sur la table avant de commencer.

C’est un signe positif?

Ce sont des engagements: rien de plus. Et tous les pays ont joué le jeu. Ils ont dit quels efforts ils étaient prêts à faire pour réduire leurs émissions de CO2 et le montant qu’ils sont prêts à mettre pour alimenter le Fonds vert. Pour rappel, les pays sont tenus de verser 100 milliards de dollars en faveur des pays en voie de développement à partir de 2020.

C’est si difficile à vérifier?

Non, ce qui est compliqué, c’est de se mettre d’accord sur la méthode. Prenons le cas de la contribution financière: il faudra voir si cet argent n’est pas de la monnaie de singe.

Que voulez-vous dire?

Si des pays financent ce Fonds vert avec de l’argent initialement prévu pour la coopération au développement, ce n’est pas de l’argent en plus mais un simple transfert. Les pays en voie de développement seront très attentifs à cela.

Vous êtes optimiste?

J’ai assisté à quasiment toutes les conférences et j’ai appris à être pragmatique. Ce qui me rend optimiste, c’est que je sens une réelle mobilisation des pays. Je dirais presqu’un appétit pour protéger le climat.

Et puis j’observe aussi un autre élément positif: de plus en plus d’acteurs privés s’en mêlent. Ils sont conscients que les changements climatiques peuvent devenir une contrainte et veulent donc la transformer en opportunité.

On qualifie le sommet de Paris comme «celui de la dernière chance ». C’est aussi votre avis?

Je n’aime pas cette assertion. On sait d’avance que ce genre de sommet ne délivre pas tous les résultats espérés. En tant que scientifique, je suis évidemment frustré de voir la lenteur avec laquelle tout cela se fait. Mais je préfère un accord imparfait que pas d’accord du tout.

Certains disent que l’écart entre les efforts faits et la dérive du climat s’accroît. C’est votre avis?

C’est une évidence. Au moment où on cumule des résultats insuffisants, le CO2 s’accumule. Et donc, oui, on se met dans une situation de plus en plus compliquée pour le climat.

(*) Professeur à l’UCL, climatologue et ancien vice-président du GIEC