Du mil dans le pain, plutôt que du blé importé

Une baguette de pain bien française sur la table. Le petit déjeuner au Sénégal a des relents coloniaux. Sans parler du quartier de «Kiri» ou de la confiture aux fraises.

J.H.
Du mil dans le pain, plutôt que du blé importé
Senegal (117).JPG ©ÉdA/J.-C.H

Les produits occidentaux supplantent les plats locaux, comme le thiakry, à base de farine de mil et de lait caillé. Pour le pain, pareil. Le goût s’est implanté. Le hic, c’est que le Sénégal ne produit quasi pas de blé. Tout doit être importé, de France, d’Argentine, des États-Unis, par centaines de milliers de tonnes, au prix de dizaines de milliards de francs CFA. D’où l’idée, portée par les organisations paysannes, de mélanger 12% de farine de mil au pain blanc. Pas davantage. Le mil étant sans gluten, le pain n’aurait pas la consistance voulue. Et surtout «il faudra changer les habitudes alimentaires du Sénégalais», même si le mil est fort utilisé dans les couscous.

Face à son four encore chaud, Pape Mbissane Ngom est fier de nous montrer la production du jour, dorée et croustillante. Son pain au mil, il le vend 10 francs moins cher que le «normal», avec succès. «La demande est plus forte que ce que je peux cuire avec mes 25 kg de farine.» Il fournit aussi le lycée proche de son village, Ndiaganiao.

Douze boulangers de la région de Fissel sont inscrits dans ce programme. Des minoteries sont en projet. «C'est nutritif et tout à fait naturel, sans tous ces conservateurs du pain qu'on achète en magasin», justifie Cheikh Sall, de la Fongs, la fédération des organisations non gouvernementales du Sénégal, qui regroupe 31 associations, 3000 groupements villageois, et près de 120 000 membres.

«L’idée est d’étendre la transformation du mil, ce qui n’est pas dans nos habitudes. On veut changer le marché local, puis, au-delà, le marché national.»