« Mettre sur un pied d’égalité migrants politiques et réfugiés du climat »

Ce qui est paradoxal, explique le professeur Fall, c’est qu’aucun dispositif n’est dévolu aux migrations liées aux changements climatiques.

J.H.
« Mettre sur un pied d’égalité migrants politiques et réfugiés du climat »
Senegal (28).JPG ©ÉdA/JCH

Rien pour ces populations qui quittent brusquement leur environnement devenu hostile.

Près de Saint-Louis, explique-t-il, des villages entiers sont envahis par l’eau. Les populations délaissent les campagnes, gonflent les villes et, pour certaines, cherchent le salut à l’étranger.

Au Sénégal, détaille l'universitaire, les flux migratoires ont différentes causes, selon les zones. Les premiers à partir vers l'Europe ont été les pêcheurs, qui pouvaient gagner l'Espagne en bateau. Crise de la pêche, raréfaction du poisson. «Comment peut-on autoriser tous ces grands navires à pêcher en haute mer alors qu'il n'y a pas de contrôle, que les bateaux qui ne respectent pas les conditions de durabilité de la pêche peuvent passer des accords clandestins. C'est un problème de gouvernance. Les coopératives et les armateurs sénégalais qui avaient fondé de grands espoirs dans les accords pris avec l'Europe sont en conflit ouvert avec l'État. Et ils s'organisent.»

Autre problème dans le bassin arachidien, au centre du pays. «Les causes, c'est la saturation des terres cultivées, les sécheresses qui ont été très fortes, l'érosion éolienne et le non-accès à l'eau, le déficit en matériel agricole aussi. Un tiers des terres cultivées sont dégradées et le changement climatique a accéléré le processus.»

À l'ouest, d'autres migrants. Et toujours le changement climatique, ses déluges et ses inondations cycliques. Cinquante quartiers, dit-il, ont été envahis par les eaux dans la banlieue de Dakar. «Même si ça s'est atténué grâce à un effort d'assainissement du réseau d'évacuation des eaux, finalement, il n'y a plus d'espoir. Plus on s'éloigne de Dakar, et plus on est menacé. La vie n'est pas possible quand presque la moitié de l'année, tu as les pieds dans l'eau.»

Le pis, explique le professeur, c'est que ces populations se déplacent avec leurs modes de cultures habituels. «Quand ils arrivent dans les zones du Sud, ils arrachent les arbres. Avec la déforestation, la migration crée elle-même le changement climatique.»

Une des orientations du sommet climat de Paris, la Cop21, «ce serait l'édification d'une réglementation spécifique aux migrants environnementaux, une nouvelle catégorie d'acteurs qui sont forcés de quitter brusquement leurs villages qui disparaissent. Ceux-là, il faut les mettre sur le même pied d'égalité que les migrants politiques. »