SDF, les oubliés de la canicule

Distribution de milliers de bouteilles d’eau, de couvre-chefs et de conseils. Les maraudes se multiplient pour inciter les sans-abri à se protéger de la chaleur.

Caroline Desorbay
SDF, les oubliés de la canicule
sdf Namur ©ÉdA Philippe Berger

N'en déplaise à Charles Aznavour, la misère n'est pas moins pénible au soleil. Que du contraire. L e chaleur écrasante consume à petit feu les plus démunis d'entre nous, dans l'indifférence générale ou presque. «On se focalise toujours sur l'hiver or il y a autant de risque de mourir d'hyperthermie et de déshydratation que d'hypothermie surtout parmi les personnes dont l'état de santé est déjà fragilisé», regrette Virginie Olivier, coordinatrice au Relais social à Namur.

Le plan «grandes chaleurs» a été activé et des équipes mobiles circulent pour distribuer des bouteilles d’eau par centaines. Elles seront aussi à pied d’œuvre ce week-end, le pic de chaleur étant attendu samedi. La distribution d’eau est aussi l’occasion de rappeler quelques conseils: se mettre à l’ombre, porter un couvre-chef, se vêtir légèrement,…

Trouver de l’eau relève parfois du parcours du combattant. À Namur, il n’y a même pas une fontaine d’eau potable. Deux associations, «Les restos du cœur» et «La main tendue» mettent un robinet d’eau extérieur à disposition des SDF.

L'accès aux douches est aussi compliqué dans la capitale wallonne. « Il y a des douches à l'abri de nuit mais certains ont épuisé leur quota et puis il sera fermé tout le mois d'août, explique Virginie Olivier. Quelques associations, animées par des bénévoles, offrent la possibilité de se rafraîchir mais, faute d'effectifs suffisants, elles ne sont accessibles que quelques jours par semaine».

L’exclusion n’est pas une affaire de saison

À Bruxelles, le plan canicule a été activé hier. Les équipes mobiles sillonnent la ville chaque soir pour distribuer les 5 500 bouteilles d'eau offertes par une marque française. «La situation est critique pour les personnes âgées et celles qui sont déstructurées ou dépendantes à l'alcool ou aux drogues car elles n'ont plus une conscience suffisante pour prendre les mesures élémentaires à leur survie . On a retrouvé un monsieur alcoolisé, habillé comme en hiver, qui dormait dans un parc en plein soleil », explique Christophe Thielens, porte-parole du Samu social.

Un plan localisant les 29 fontaines d’eau potable du centre de la capitale est disponible dans les centres de jour et distribué aux sans-abri par les équipes de terrain.

Comme les autres intervenants, Christophe Thielens regrette le manque de moyens alloués en dehors de la période hivernale. «L'exclusion n'est pas une affaire de saison. Cet hiver, on n'a refusé aucune personne mais actuellement on ne dispose que de 110 places pour l'accueil d'urgence à Bruxelles ce qui est nettement insuffisant. L'accueil, ce n'est pas seulement proposer l'hébergement, c'est aussi et surtout l'occasion de mettre sur pied un accompagnement pour sortir la personne de la rue».

Une casquette, des fruits de saison

La réalité de la rue, Luc Swysen la connaît bien. Ce bénévole bruxellois sillonne les quartiers d'Auderghem toute l'année pour aider les exclus du système. Il s'insurge. «Pendant la vague de chaleur, on incite la population à se mettre au frais quelques heures par jour dans les centres commerciaux climatisés mais les SDF n'y ont pas droit de séjour. Je connais des familles qui vivent dans leur voiture. Comment voulez-vous conserver de la nourriture avec cette chaleur? Vous imaginez ce qu'ils doivent endurer ces jours-ci!».

La générosité n'est pas seulement de mise au plus fort de l'hiver ou au moment des fêtes. «Vous pouvez bien sûr leur donner une bouteille d'eau fraîche mais aussi une casquette usagée ou des fruits de saison. Les pêches, pastèques et melons nourrissent et désaltèrent en même temps. Évitez les pommes car ces personnes ont souvent des problèmes de dentition».