Wesphael acquitté et 20 ans pour De Keuster: malaise profond

Les deux procès s’étaient croisés furtivement. Dans les deux cas, deux femmes de 42 ans sont mortes dans des conditions nébuleuses. Deux hommes ont été jugés. Le premier Bernard Wesphael a été acquitté au bout de 3 semaines d’un procès d’assises. Début octobre. Le second, Rodrigue De Keuster vient d’être condamné à 20 ans de prison par un tribunal correctionnel, après une journée d’audience. Profond malaise.

Albert Jallet
Wesphael acquitté et 20 ans pour De Keuster: malaise profond
Wesphael-De Keuster. Une cour d’assises d’un côté, un tribunal correctionnel de l’autre. Deux traitements différents qui interpellent. ©BELGA VIRGINIE LEFOUR

Le 6 octobre 2016, Bernard Wesphael était acquitté au bénéfice du doute. Le 20 octobre, Rodrigue De Keuster a été condamné à une peine de 20 ans de prison. Ces deux procès se sont croisés, un peu. Le premier avait débuté le 19 septembre et duré 3 semaines. Le second avait été plié en un jour, le 20 septembre.

Effet du hasard, les deux victimes étaient deux femmes de 42 ans et mère d’un fils de 14 ans, au moment des faits. Effet du hasard, les deux femmes étaient mortes dans des circonstances nébuleuses. Chaque fois, les enquêteurs et la Justice se sont braqués sur un homme. Et chaque fois, les deux hommes ont nié.

Chacun a eu droit à un procès. Mais pas le même. C’est ici que s’installe le malaise.

Bernard Wesphael était encore sous le coup de «l’avant réforme» de la cour d’assises. Il a eu droit au jury populaire mais aussi à cette procédure orale où l’on peut se faire entendre mais aussi entendre des experts, des spécialistes, des témoins de moralité.

Rodrigue De Keuster est tombé sous le coup de «l’après réforme» de la cour d’assises. Il a vu son cas «correctionnalisé» par la chambre des mises en accusation. Il a eu droit à un tribunal de professionnels mais aussi à une procédure «accélérée».

Nous l’écrivions: «Une nuée d’experts d’un côté: 6 médecins, 7 experts “psy”, 2 experts de l’INCC (Institut national de criminalistique et de criminologie), entre autres. De l’autre, un médecin légiste et un expert de l’INCC, mais pas celui qu’on attendait. Et avec une bonne heure de retard.»

Bernard Wesphael a eu droit aussi aux témoins de moralité. Conclusion un homme normal, pas dangereux, d’honorable, pacifiste.

Rodrigue De Keuster n’a eu droit qu’à son passé, très très lourd.

Après ces trois semaines de procès et quatre heures de délibération, Bernard Wesphael a donc été acquitté au bénéfice du doute. La défense et les contre-experts l’ayant instillé dans les lacunes de l’enquête. Après une journée de procès et un mois de réflexion, Rodrigue De Keuster a été condamné à 20 ans de prison malgré de grosses zones d’ombre qui auraient, peut-être, mérité un meilleur éclairage. Pas question ici de juger les juges, mais de s’interroger sur la différence du traitement. Égaux devant la Justice?

Oui, ces deux procès et cette réforme de la Justice laissent un profond malaise. Par la différence du traitement, des parties civiles aussi, et de la «simultanéité» des deux affaires. Sans doute fallait-il réformer la cour d’assises, mais d’une façon aussi radicale et rapide? À ce point que le ministre de la Justice Koen Geens en vient à réfléchir à la remettre sur le métier en évoquant la mise en place de «chambres criminelles». Instabilité.

Rodrigue De Keuster peut faire appel. Bernard Wesphael n’aurait pas pu.