Alex Varga, bandit charismatique

L'auteur du « casse du siècle » au Conforama à Charleroi était le profil type du braqueur fantasque, nanti d'une certaine classe.

Alexandre Varga s'est donné la mort, ce lundi matin, en s'étouffant à l'aide de son pyjama. Une triste fin pour le plus célèbre, et sans doute le plus charismatique des braqueurs carolos que l'on imaginait un jour mourir sur scène .

Ex-réfugié politique hongrois, « Alex » Varga laissera une trace indélébile dans l'histoire judiciaire de ces vingt dernières années.

Même s'il ne l'a reconnu qu'à demi-mot lors de son procès en cour d'assises, le bandit fantasque était bien l'un des principaux auteurs du « casse du siècle », perpétré en 1989 dans les locaux de la Poste (ex-bâtiments du Conforama) à Charleroi.

Un énorme butin jamais retrouvé

Avec plusieurs complices, il avait braqué les employés sans faire usage de violence et avait emporté 257 millions de francs belges... en jetant quelques liasses de billets pour le personnel avant de quitter les lieux.

Le butin n'a jamais été récupéré entièrement, mais certains cafés de Charleroi se souviennent des tournées générales payées par ce fêtard invétéré, qui ne cachait pas sa fortune soudaine aux yeux des policiers qui fréquentaient les mêmes bistros.

Alex Varga avait finalement attendu 1998 pour être condamné à 4 ans avec sursis pour ce coup génial. Entre-temps, il avait ouvert un troquet, baptisé « L'Entrejeu » et qui comptait parmi sa clientèle quelques avocats et enquêteurs.

Un farceur mystérieux

L'intéressé n'en avait manifestement pas fini avec la vie de truand. De 1997 à 2000, il aurait participé à quatre braquages de fourgons à Villers-le-Bouillet, Vilvoorde, Steenokkerzeel et Wandre. En février 2000, Alex Varga avait été victime d'un carjacking à Fleurus, face au restaurant le Rialto. Les enquêteurs s'étaient alors intéressés à son incroyable train de vie, lui qui ne gagnait que 1 000 € par mois mais qui roulait en Audi S8.

Un dossier pour blanchiment avait alors été ouvert et des écoutes téléphoniques lancées. Avec la suite que l'on connaît : en 2007, la Cour d'Assises du Hainaut l'a condamné à 18 ans de prison ferme pour les quatre braquages de fourgons.

Farceur, le détenu avait comparu devant la Cour en combinaison orange estampillée « Guantanmons », surfant sur la vague de contestation contre les conditions de détention à la prison de Mons.

Alex Varga laissera derrière lui quelques mystères irrésolus, comme la mort du portier Jean-Pol Taminiaux. Ce dernier était l'ex-compagnon de Nadège Renard, alors compagne du braqueur (et décédée plus tard dans un accident de voiture). Suspect n°1, Varga n'a jamais été confondu pour le meurtre du sorteur, dont seul un pied a été repêché dans le canal.

Bel homme, charismatique en diable, Alex Varga aurait pu faire l'objet d'un roman, à l'instar de Mesrine. Ce week-end, il a joué sa dernière scène en manquant son évasion après une première tentative de suicide. Repris, il a mis fin définitivement à son histoire, laissant derrière lui la prunelle de ses yeux : une jeune fille prénommée Ingrid.F.D.