Fourniret: Le mystère des deux piqûres

Si elle a été tuée par balle, Fabienne Leroy présentait deux traces de piqûres dont on a très longtemps ignoré l'origine.

Tom EVRARD
Fourniret: Le mystère des deux piqûres
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On le sait: Fabienne Leroy, la deuxième victime de Michel Fourniret, a été abattue d'un coup de fusil tiré à bout portant après avoir été enlevée à Châlon et violée en août 1988. Les experts scientifiques se sont d'ailleurs succédé à la barre des témoins ce mardi pour éclairer l'assemblée sur le sujet avec une rigoureuse et effroyable précision toute scientifique.

«Mais il y avait quelque chose qui clochait, soulèvent les Professeurs Bernard et Choisy, respectivement chargé de l'autopsie et des examens toxicologiques de la victime. On a trouvé deux traces de piqûres, une dans le pli de chaque coude, sans trouver d'explication plausible quant à leur origine. Quelqu'un avait-il procédé à une ponction? Ou à une injection, et si oui, de quel produit?» Impossible d'obtenir une réponse. Et ce n'est pas faute d'avoir cherché.

Une large enquête

Les analyses de sang, par exemple, si elles ont tout juste montré un très faible taux d'alcoolémie, elles n'ont en revanche pas permis de mettre en évidence d'éventuelles traces de produits altérant la vigilance. «Ce sont souvent ces produits-là que l'on recherche quand on ne sait pas trop quoi chercher, souligne le toxicologue. Mais aucun des produits actifs connus destinés à endormir la vigilance de quelqu'un n'a été découvert.» Alors quoi? Faut-il voir dans ces deux traces de piqûres un acte médical, comme, par exemple, un simple prélèvement sanguin? «Non, assurent encore les deux experts. 2986 médecins, infirmiers et autres laboratoires médicaux de la Marne et de l'Aine ont été interrogés et il n'y a aucune trace relative à un passage récent de Fabienne Leroy chez l'un d'entre eux.» Mais les enquêteurs ne baissent pas les bras. Ils diligentent une enquête dans le milieu de la toxicomanie, qui ne débouche sur rien. Tout comme les analyses de sang ne démontrent pas la consommation de produits stupéfiants, «même si un test d'urine est plus fiable», nuance malgré tout le Professeur Choisi. Mais c'est une certitude: Fabienne Leroy n'est pas toxicomane. Les policiers se tournent alors vers son lieu de travail: en août 1988, la jeune fille effectuait en stage de biochimie au sein de l'entreprise Henkel, à Châlons-en-Champagne. Là aussi, sans résultat probant. «La présence des traces de piqûres restait sans explication.»

Il faudra finalement attendre l'été 2004, 16 ans plus tard, avec les aveux de Michel Fourniret pour obtenir enfin l'explication. Selon ses propres déclarations, c'est lui-même qui, après avoir enlevé Fabienne Leroy sur un parking, a injecté de l'air dans les veines de sa jeune victime à l'aide d'une seringue pour provoquer une embolie et un arrêt cardiaque. Comme il l'avait lu dans des livres... Mais ça n'a pas fonctionné. «C'est donc ça votre truc Monsieur Fourniret, a lancé l'avocat des parties civiles, Didier Seban, en braquant durement ses yeux dans ceux de Fourniret. Vous faites des expériences sur vos victimes?» L'intéressé n'a pas sourcillé...

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