Le prix du gaz en Europe au plus bas depuis fin juillet

Les prix du gaz en Europe ont nettement baissé mercredi, dans la foulée de l’annonce de la reprise des livraisons à l’Italie par Gazprom.

Belga
 Le 25 août dernier, à la suite de l’interruption du trafic via le gazoduc Nord Stream 1, le prix de référence avait atteint 311 dollars.
Le 25 août dernier, à la suite de l’interruption du trafic via le gazoduc Nord Stream 1, le prix de référence avait atteint 311 dollars. ©Photo News

Sur le marché de référence néerlandais, le prix a reculé de 6% à 160 euros le Mwh, soit le niveau le plus bas depuis les 155 euros de fin juillet.

Outre la reprise des livraisons de Gazprom vers l’Italie, "les inquiétudes sur des pénuries cet hiver ont été battues en brèche par un récent rapport de l’Agence internationale de l’énergie", souligne un expert de chez Commerzbank.

La situation pourrait encore s’améliorer grâce à une réduction de la consommation qui ferait grimper les stocks de réserve, relève-t-on du côté de la banque allemande.

Le 25 août dernier, à la suite de l’interruption du trafic via le gazoduc Nord Stream 1, le prix de référence avait atteint 311 dollars.

Von der Leyen ouvre la porte à un plafonnement des prix du gaz

La Commission européenne serait tout de même prête à envisager une forme de plafonnement généralisé des prix du gaz sur le marché du gros, de manière temporaire. C’est ce qu’a en tout cas laissé entendre sa présidente Ursula von der Leyen lors de son intervention mercredi matin en plénière du Parlement européen, à Strasbourg.

L’idée d’un plafonnement des prix du gaz fait débat depuis des mois. La Belgique, ou encore l’Italie, voient une telle piste comme une solution prioritaire pour apaiser l’envolée des prix de l’énergie, qui entraîne aussi bien l’industrie que de nombreux ménages dans les difficultés. Entre-temps, une quinzaine d’États membres ont rejoint cette ligne, mais l’Allemagne (et la Commission) restait réticente.

Durant un débat sur l’escalade de la "guerre d’agression" de la Russie contre l’Ukraine, la présidente de la Commission a évoqué plus en détail la crise énergétique, qui y est étroitement liée. Le TTF, indice néerlandais utilisé comme référence sur le marché européen du gaz, donne désormais trop de poids au gaz acheminé par gazoduc, et ne correspond plus à la réalité où le gaz naturel liquéfié (GNL) prend de plus en plus de place, a-t-elle souligné. L’Allemande évoque déjà depuis plusieurs semaines la nécessité de réfléchir à un indice alternatif ou à une manière de rendre le TTF plus transparent, pour éviter toute manipulation spéculative.

Ursula von der Leyen a rappelé sa proposition d’imaginer un plafonnement des prix limité au gaz destiné à la production d’électricité. "Mais nous devons aussi regarder les prix du gaz au-delà du marché de l’électricité", a-t-elle reconnu. Il s’agit de "limiter la volatilité et l’impact de la manipulation des prix par la Russie", ajoute-t-elle. Au fil des mois, davantage d’États membres sont devenus partisans d’un plafonnement plus large des prix du gaz, malgré les craintes pour la sécurité d’approvisionnement, a constaté l’Allemande. Cela pourrait donc être "une solution temporaire jusqu’à ce qu’un nouvel indice UE des prix soit développé, qui assure un meilleur fonctionnement du marché". La Commission "a commencé à travailler là-dessus", ajoute-t-elle.

La présidente de la Commission enverra, avant le sommet informel des chefs d’État et de gouvernement, vendredi à Prague, un courrier détaillant une "feuille de route" des prochains efforts proposés pour faire face à la crise énergétique, a-t-elle indiqué. L’Allemande a notamment évoqué la nécessité de "renforcer" la plateforme "énergie" mise en place pour faciliter entre autres des achats communs. Elle a été créée en avril dernier, mais n’a pas empêché plusieurs États membres d’aller chacun de leur côté s’assurer de nouvelles livraisons gazières, avec le risque d’un effet contraire (concurrence et gonflement des prix) à ce qui était voulu.

Interrogé en milieu de journée au sujet du discours de la présidente, le porte-parole en chef de la Commission, Eric Mamer, a précisé que l’exécutif envisageait en parallèle "une intervention sur le prix du gaz utilisé pour générer de l’électricité", et un plafonnement des prix de gros de tout le gaz, sur le marché européen ( "pas forcément lié aux importations").

La ministre belge de l’Énergie, Tinne Van der Straeten, avait évoqué en septembre, à la suite d’un conseil des ministres de l’Énergie de l’UE, un plafonnement "dynamique" du prix du gaz, avec un prix mouvant dépendant par exemple des prix sur le marché asiatique. C’est ce que certains appellent déjà un "serpent gazier", ou un "corridor de prix". "C’est essentiel pour dompter le prix du gaz tout en sécurisant l’approvisionnement", commente-t-elle mercredi. La ministre écologiste salue un "pas en avant" de la part de la Commission, après le discours de sa présidente.

Le Premier ministre Alexander De Croo, qui avait encore répété lundi à la Chambre son attente d’une percée au niveau européen, s’est réjoui mercredi de l’ouverture affichée par Ursula von der Leyen sur un plafonnement des prix du gaz. "On dit déjà depuis longtemps qu’il est nécessaire d’intervenir sur le marché du gaz. C’est bien que cela avance, mais il faut vraiment, désormais, que cela se concrétise", a-t-il indiqué.