Yves Coppieters fait le bilan avant le Codeco de ce 20 mai 2022: «Le CST n’a jamais fait ses preuves»

Yves Coppieters, professeur de santé publique à l’ULB, est revenu sur les dernières évolutions de l’épidémie de Covid avant le Comité de concertation de cette après-midi, qui devrait enterrer quasiment toutes les mesures de lutte contre le virus.

T.Be.

Le Codeco se réunira dès 14h ce vendredi , après de nombreux reports, pour évaluer les mesures encore nécessaires face au coronavirus. On parle d’abandonner le masque dans les transports en commun, de revoir les modalités de voyage et on anticipe l’automne prochain, qui pourrait voir une potentielle nouvelle vague se former.

L’évolution de l’épidémie chez nous reste très favorable, avec une nouvelle chute des hospitalisations dans le bilan du jour . De bonne augure et sans doute le signal qu’on peut encore lâcher du leste.

"On est quasiment à l’abandon de toutes les mesures. Et je pense que le port du masque peut tomber, c’est tout à fait raisonnable, même si on va peut-être plutôt conseiller à la population delaisser le masque lorsque c’est l’heure de pointe", a expliqué Yves Coppieters au micro de Maxime Binet sur DH Radio, ce matin.

"Le message général aux gens ce sera “faites ce que vous voulez”, mais on utilise le bon sens de tout un chacun", poursuit-il. "Et le masque reste une protection individuelle intéressante. Concernant le maintien d’une obligation dans les hôpitaux, cabinets médicaux, c’est logique car c’est là que la fréquence du Covid est la plus importante et c’est là qu’il y a aussi les personnes les plus fragiles".

Le Covid Safe Ticket a été totalement dépassé par Omicron. Ce n’est pas un bon outil

Le Covid Safe Ticket devait normalement mourir dans les prochaines semaines, mais le ministre fédéral de la Santé, Franck Vandenbroucke, voudrait le ranger au placard temporairement.

 Le CST et le baromètre corona ne sont pas de bons outils pour Yves Coppieters. On peut les supprimer.
Le CST et le baromètre corona ne sont pas de bons outils pour Yves Coppieters. On peut les supprimer. ©Photo News

Une position qu’Yves Coppieters ne comprend pas. "Le CST n’a pas fait ses preuves, c’est un outil qui n’a pas changé le profil de l’épidémie et il a été totalement dépassé par la vague liée au variant Omicron. Il ne faut pas le ranger au placard temporairement, il faut le supprimer".

D’autres outils doivent en revanche être maintenus. "Le testing et le suivi de contacts sont la stratégie de base face à une épidémie de ce type. Il faut continuer, mais il ne faut pas tester tout le monde, n’importe comment. Il faut viser uniquement ceux à risque. Si, sur les 18.000 tests actuels, on ne teste que des gens qui partent en vacances, ce n’est pas très intéressant. Par contre si on cible les personnes symptomatiques et à risque, là ça a une utilité".

Quid du baromètre corona? "Comme le CST, il n’a pas fait ses preuves et il est arrivé très tard. On l’a mis en place avec Omicron qui a changé le visage de l’épidémie. Ce n’est pas un bon outil sous sa forme actuelle, on peut l’enterrer".

Une nouvelle campagne de vaccination?

La question d’une nouvelle campagne de vaccinationse posera également. Mais le professeur de santé publique se montre réservé. "Il ne faut sûrement pas la relancer à l’échelle de la population, ça n’a aucun fondement scientifique pour l’instant. Pour les plus fragiles, immunodéprimés, personnes qui ont moins bien répondu aux premières doses etc., ça oui, on peut envisager une nouvelle dose de vaccin, comme toute décision médicale individuelle".

Yves Coppieters a également fait le point sur l’arrivée d’un vaccin universelle, qui protégerait de toutes les souches. "Il n’est pas encore là mais pourrait arriver assez vite. Ce sera sans doute un vaccin réactualisé chaque année, comme celui de la grippe et qui concernera les personnes susceptibles de faire des formes graves de la maladie".

Carton rouge et vert aux pouvoirs publics

"J’adresse mon carton rouge aux pouvoirs publics, qui n’anticipent pas ce qui va se passer en automne prochain", a expliqué Yves Coppieters. "Les seules anticipations passent par le retour du CST. La semaine prochaine, il y aura également un débat au parlement sur l’obligation vaccinale, alors qu’on a compris que ce n’était pas une stratégie majeure pour gérer la suite de l’épidémie. Et on imagine ressortir aussi le baromètre corona. J’ai l’impression qu’on anticipe sur de mauvais outils. Ce n’est pas avec ça qu’on va gérer la crise de l’automne prochain, si on a une nouvelle vague. Les questions c’est: que fait-on pour les personnes fragiles? Et comment faire pour que les gens diminuent leur contamination dans la vie de tous les jours? Il faut penser au port du masque, à la ventilation avec des vraies normes etc."

Mais le carton vert de l’invité va aux mêmes pouvoirs publics. "On est dans une période positive, nos politiques nous laissent souffler, les Comités de concertation ont été reportés. C’est très positif sur un plan psychologique", se réjouit Yves Coppieters. "On fait peut-être une petite erreur en croyant que la crise a disparu, car ce n’est pas le cas. Mais ce bol d’oxygène, qui j’espère va durer au moins jusqu’en septembre, est très positif", conclut-il.