Paiement électronique: des commerçants toujours un peu réticents

D’ici trois mois, tous les commerçants devront proposer un mode de paiement électronique à leurs clients. Inenvisageable, pour certains.

Céline Demelenne
Paiement électronique: des commerçants toujours un peu réticents
En Belgique, 21% des commerçants ne proposent aucune forme de paiement électronique. ©BELGAIMAGE

Dès le 1er juillet prochain, chaque commerçant devra proposer un moyen de paiement électronique au moment du passage en caisse. Pas de panique pour les clients, le paiement en espèces restera toujours bien d’actualité également. Cette mesure s’inscrit dans le plan de lutte contre la fraude du ministre des Finances Vincent Van Peteghem (CD&V), qui espère créer un effet similaire à celui de l’introduction de la caisse intelligente dans l’horeca.

Mais à trois mois de l’échéance, les commerçants sont-ils prêts? Pas tout à fait, à en croire les résultats d’une enquête de CCV, une entreprise active dans le domaine des transactions commerciales. Selon l’étude, 79% des commerçants belges proposent déjà une solution électronique, tandis que 21% n’en offrent aucune. Les récalcitrants seraient plus nombreux en Wallonie (26%), et singulièrement en province de Liège (33%), qu’en Flandre (18%).

Les clients ne reviennent pas toujours

Les commerçants qui ne proposent pas cette possibilité évoquent d’abord une absence de demande de la part de leurs clients, qui n’en ressentent, selon eux, pas le besoin. Le second argument pointe le coût d’un tel service. Notons toutefois que cette obligation de paiement électronique peut se limiter à l’utilisation d’une application mobile (lire ci-dessous).

Pour CCV, cette réticence s’avère problématique car elle ne correspond pas aux attentes des consommateurs, qui ont également été sondés dans le cadre de cette enquête. Dès lors, si un magasin n’offre que l’option du paiement en cash, 50% des clients qui sont dans l’impossibilité de régler en espèces se rendent immédiatement dans une autre enseigne.

"Cela confirme clairement à quel point les clients trouvent cela ennuyeux. Seuls 39% d'entre eux reviennent plus tard après avoir retiré de l'argent. Il se peut que certains magasins, avec une offre très particulière et spécifique, parviennent plus facilement à convaincre les clients de revenir plus tard, mais ce n'est pas le cas de la majorité des commerces", affirme Sylvie Vanthomme, qui a supervisé l'enquête pour CCV.

"Plus encore: les clients trouvent la possibilité de payer par carte presque aussi importante que la gamme de produits présente dans le commerce."

Un refus strict

Parmi les commerçants qui ne disposent pas de moyen de paiement électronique, 22% jugent cette obligation inacceptable, et refuseront a priori de s’y soumettre au 1er juillet. En outre, 25% de ce panel ne souhaitent pas offrir ce mode de paiement, mais estiment ne pas avoir le choix.

Selon CCV, cette réticence vient notamment de la méconnaissance du coût réel d'un terminal de paiement. Plus de la moitié des répondants (61%) n'en aurait tout simplement pas la moindre idée. "Ceux qui prennent un pari pensent qu'un appareil coûte en moyenne 157€. Le prix d'achat réel d'un appareil est souvent un peu plus élevé. Par contre, lorsqu'il s'agit d'estimer le coût des transactions de paiement, 64% des répondants disent n'en avoir aucune idée ou estiment que les frais mensuels sont en moyenne de 144€". L'entreprise indique qu'il s'agit là d'une surestimation du coût mensuel réel. " Pour le segment des PME, CCV prévoit un coût mensuel moyen de 42€, soit l'équivalent d'environ 400 transactions de débit."

Alors que l'échéance du 1er juillet approche, l'enquête révèle enfin que près d'un tiers des commerçants réfractaires au paiement électronique ignore tout de cette nouvelle obligation. "Il reste donc encore beaucoup de travail pour faire circuler l'information."