Qui pour défendre encore le Covid Safe Ticket, de plus en plus critiqué?

Mis en cause par une décision de justice, le Covid Safe Ticket ne convainc plus guère certains experts scientifiques non plus. Certainement pas s’il vise à réduire les transmissions, en tout cas.

Benjamin Hermann
Qui pour défendre encore le Covid Safe Ticket, de plus en plus critiqué?
Y compris parmi les experts, certains expriment de vives réserves par rapport à l’efficacité du Covid Safe Ticket. ©Photo News

Le Covid Safe Ticket, pass sanitaire à la belge, avait fait son apparition durant l’été, en ne s’appliquant qu’aux événements de masse. Puis son champ d’application s’est étendu au quotidien des Belges, conformément aux décisions des Comités de concertation et des majorités politiques. Il semble aujourd’hui plus que jamais remis en question.

1.Lajustice

Une ordonnance du tribunal de première instance de Namur a constaté lundi "l'illégalité apparente" du Covid Safe Ticket en Wallonie, suite à une action intentée par l'association Notre Bon Droit (lire dans L'Avenir de mardi).

Le tribunal pointe notamment les questions du respect des données personnelles et des discriminations qu’il implique. Mais aussi, fondamentalement, un problème de proportionnalité de la mesure, restrictive en matière de libertés, par rapport à l’objectif poursuivi, à savoir le fait de contenir les contaminations pour éviter la saturation des hôpitaux.

Concrètement, le Covid Safe Ticket reste d’application en Wallonie, s’est empressé de faire savoir le gouvernement wallon lundi soir. La Wallonie, qui soit dit en passant n’a pas comparu devant le tribunal et n’a donc pas exposé ses arguments, a interjeté appel.

À noter que le tribunal a condamné la Région à verser, après un délai de 7 jours, une astreinte quotidienne de 5 000 euros tant qu’elle ne met pas fin à l’illégalité apparente du CST. La suite de la procédure judiciaire permettra d’y voir plus clair sur l’issue de l’affaire.

En attendant, d’autres actions en justice visent à contester le Covid Safe Ticket. À Bruxelles, une action similaire sera plaidée le 8 décembre. L’accord de coopération conclu entre fédéral et entités fédérées, qui concerne le traitement des données liées au CST, fait lui aussi l’objet d’une action devant la Cour constitutionnelle. En parallèle, l’ASBL Charta 21 a plaidé hier devant le tribunal civil de Bruxelles pour la suspension du CovidScan, l’application qui permet de contrôler le Covid Safe Ticket.

2.Lapolitique

Le Covid Safe Ticket, attaqué en justice et contesté par une partie de la population, les autorités politiques envisagent-elles de l’envoyer aux oubliettes? Rien n’est moins sûr, à ce stade. C’est d’ailleurs le signal envoyé par la Région wallonne en interjetant appel.

Du côté du ministre-président Elio Di Rupo (PS), on se refusait à tout commentaire sur le dossier, ce mardi. "Le décret CST est à la base d'application jusqu'au 15 janvier. C'est une mesure exceptionnelle et temporaire prise par le(s) gouvernement(s)", indiquait-on au cabinet de la ministre wallonne de la Santé, Christie Morreale (PS). On ne change rien, donc.

Reste à voir si les formations politiques au pouvoir soutiendront encore longtemps le CST. Le PS préférait ne pas faire de commentaires hier. Le MR, on s'en souvient, avait approuvé avec beaucoup de réserves l'élargissement de son champ d'application. Un député wallon écologiste, Laurent Heyvaert, évoquait pour sa part les "résultats catastrophiques" du CST et "un outil inefficace en termes de gestion de santé publique", la semaine dernière.

Du côté de l'opposition, le président du cdH Maxime Prévot a plaidé dans ces colonnes pour une obligation vaccinale plutôt qu'un CST qui "pourrit la vie des gens". Le PTB avait pour sa part voté contre son adoption.

3.Les experts

Il n’est guère difficile de trouver de trouver des experts qui expriment leurs réserves par rapport à l’efficacité du CST.

En plus des questions juridiques, discriminatoires et démocratiques qu’il pose, c’est son efficacité en termes de transmission du virus qui est contestée, d’autant plus lorsqu’il circule abondamment. Le dispositif a certes permis d’inciter une part de la population à se faire vacciner – la question du but précis qui est poursuivi se pose donc.

Mais le fameux "faux sentiment de sécurité" revient souvent sur la table puisque l’avènement du CST s’est accompagné d’un accroissement des contacts. Les épidémiologistes Marius Gilbert et Yves Coppieters ou encore l’infectiologue Leïla Belkhir se sont exprimés en ce sens.

Le microbiologiste Emmanuel André considérait début de semaine dans De Morgen "qu'il a mené à davantage de contacts et donc indirectement à plus de contaminations". Un " effet inverse à celui escompté" notamment parce que d'autres mesures ont été abandonnées.

"Au départ, lorsque la vaccination permettait de réduire de 70-90% le risque de transmissions, le CST apportait une vraie réduction des risques", considère pour sa part Yves Van Laethem, porte-parole interfédéral de la lutte contre le Covid-19. Mais, si la protection contre les formes graves de la maladie n'est plus à démontrer, il apparaît que celle contre le risque de transmission offerte par les vaccins diminue sensiblement avec le temps. À cela s'ajoute le caractère contagieux du variant Delta. "Dans ce contexte, il est vrai que le CST est une protection qui a perdu beaucoup de ses plumes, poursuit Yves Van Laethem. De ce point de vue, il pourra être bien plus efficace lorsque la population aura reçu la dose de boost". En attendant, estime le virologue, ce n'est qu'accompagné du port du masque ou d'un "bon frottis, un bon PCR" qu'il peut représenter un outil de protection efficace.