Philo ou religion à l’école: "L’importance d’éduquer au fait religieux"

En voulant étendre le cours de philosophie et de citoyenneté au détriment des ceux de religion, la majorité dépoussière une partie de notre enseignement. Mais, en l’état, elle minimise aussi l’un des devoirs de l’école et l’un des droits fondamentaux des élèves

Romain Veys
Philo ou religion à l’école: "L’importance d’éduquer au fait religieux"
Au-delà de la question de savoir si l’école est le lieu légitime où enseigner les religions, celle de la nécessité d’éduquer au fait religieux accorde l’ensemble des acteurs concernés. ©pelenguino - stock.adobe.com

Contrairement à ce que l'on pourrait penser, le débat qui oppose les cours de philosophie et citoyenneté (CPC) d'une part à ceux des religions d'autre part ne divise pas fondamentalement les acteurs du terrain. La résolution déposée lundi au Parlement par les partis de la majorité appelle pourtant au remodelage des deux dimensions philosophique et spirituelle de l'enseignement officiel, à travers tout simplement le renforcement de la première au détriment de la seconde. Or, aux yeux des uns autant que ceux des autres, ces deux dimensions vont de pair.

Un nécessaire débat

Licencié en sciences religieuses, Paul Verbeeren estime ainsi "qu'il faut pouvoir reconnaître que cette remise en question est positive. Le monde bouge et il est sain et nécessaire de retravailler ces cours, d'avoir un nouveau débat sur le sujet. Il existe aujourd'hui 5 cours abordant les divers courants religieux dominants de notre histoire. Or, ces cinq convictions ne sont plus vraiment représentatives du paysage spirituel de notre société aujourd'hui."

Le monde bouge et il est sain et nécessaire de retravailler ces cours, d’avoir un nouveau débat sur le sujet.

Mais face à leurs classes, les profs de religion ont depuis longtemps délaissé la soutane et aident désormais leurs élèves à décoder le monde qui les entoure.

Donner du sens

"Il s'agit d'un cours où l'on traite avant tout de questions de fond. On y parle de religion, de philosophie, d'économie, de morale, de justice… On traite de grandes valeurs au départ de l'art, de textes philosophiques et, naturellement, aussi de textes religieux", détaille Marie, enseignante de religion en province de Luxembourg. Posant ainsi le constat que ce que vise la résolution s'opère déjà dans les classes, elle observe également que ses élèves "attendent cette heure de religion". Car elle leur permet "de chercher un sens au monde, à leur vie, et d'amorcer la découverte du questionnement éternel de l'homme. Bien sûr, la philo le fait, mais donne-t-elle l'ancrage, le fondement ou la foi pour agir au-delà de soi-même? Décoder les religions reste de toute façon indispensable."

Le cours de religion permet aux élèves de chercher un sens au monde, à leur vie, et d’amorcer la découverte du questionnement éternel de l’homme.

Le fait religieux

François-Xavier donne quant à lui le CPC à l'Athénée d'Izel. L'idée de renforcer celui-ci en le portant à deux périodes hebdomadaires apparaît, selon lui, comme essentiel: "Il est difficile sinon de créer un véritable espace de débat, d'autant que le programme reste conséquent. Il s'agit d'une nécessité si l'on veut atteindre les ambitions que l'on s'était fixées au moment d'introduire ce cours."

Il s’agit d’une nécessité si l’on veut atteindre les ambitions que l’on s’était fixées au moment d’introduire ce cours.

François-Xavier voit dès lors d'un œil favorable le changement proposé. "Mais le CPC comporte une lacune: il n'enseigne pas le fait religieux, c'est-à-dire la religion en tant que fondement historique et structurel de notre société, et présent dans l'actualité. Il s'agit d'un phénomène de société important qu'il convient de décoder. Cela peut se faire dans le cadre du CPC, par exemple, à travers la confrontation de philosophes, les uns croyants et les autres non. Il est important d'inclure ça dans le programme."

Le droit des jeunes

Pourtant, lors de l'instauration du CPC, il avait été convenu d'y insérer des notions de philosophie et de citoyenneté, mais aussi faisant appel à l'histoire comparée des religions. "Ce qui est aujourd'hui quasi inexistant dans le programme", regrette Paul Verbeeren, lequel estime néanmoins l'introduction du CPC "positive pour notre société" mais se méfie de la perte qu'occasionnerait la fin des cours des religions: "Un jeune n'a-t-il pas le droit d'avoir des outils pour décoder cette nébuleuse religieuse qui l'entoure? L'école doit initier à cela".

Un jeune n’a-t-il pas le droit d’avoir des outils pour décoder cette nébuleuse religieuse qui l’entoure?

En remaniant le programme du CPC? En maintenant finalement obligatoire le cours de religion? À charge pour le politique désormais de trouver les pistes de solutions.

Les 5 recommandations de la résolution

Étendre le cours de philosophie et de citoyenneté obligatoire à deux heures hebdomadaires dans l'enseignement officiel et améliorer les conditions de l'organisation de l'EPC dans l'enseignement libre.

Continuer, dans l'officiel, à proposer de manière optionnelle, sur base volontaire, les cours de RLMO (religion et morale) dans des conditions qui rendent confortable pour les élèves l'exercice de leur droit constitutionnel à une éducation morale ou religieuse et étudier toute autre modalité organisationnelle, y compris dans le cadre des futures réformes.

Estimer le coût budgétaire des différents scénarii préalablement à toute mise en œuvre.

Assurer la soutenabilité du cadre humain, budgétaire, statutaire et organisationnel: notamment en prévoyant une période de transition pour permettre aux enseignants et enseignantes de suivre les formations adéquates ainsi qu'en aménageant des dispositions applicables aux membres du personnel.

Mettre en place une inspection spécifique.