Enfants et fin du monde: quand l’éco-anxiété influence la parentalité

Plus de la moitié des jeunes de 16-25 ans estiment que l’humanité est condamnée à cause du changement climatique. 39% craignent dès lors d’avoir un enfant. Ces chiffres, révélés par une étude approuvée par le journal scientifique "The Lancet Planetary Health" en disent long: entre désarroi et résilience, les jeunes éco-anxieux se questionnent sur la parentalité.

Agathe Decleire
Enfants et fin du monde: quand l’éco-anxiété influence la parentalité
Deux grands questionnements tournent en boucle dans la tête d’Aurélie depuis la naissance de ses enfants: comment faire pour avoir le plus petit impact écologique possible et quelle planète va-t-elle leur laisser? ©A.D.

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"J'ai peur de laisser une planète détruite à mes enfants." Inondations, feux de forêt, tornades, fonte des glaces… Les conséquences du réchauffement climatique sont de plus en plus visibles, irréversibles. Les prédictions catastrophiques des scientifiques se réalisent avec quelques années d'avance, faisant monter une vague d'angoisse chez de nombreuses personnes.

Cette inquiétude, appelée éco-anxiété, fait référence à un sentiment de détresse lié à la fois à la dégradation de l’environnement à l’initiative de l’être humain, et à la disparition du monde tel que nous le connaissons. Olivier Defosse, écothérapeute basé à Gedinne, voit dans sa pratique que cette angoisse pousse aujourd’hui davantage de personnes à ne pas devenir parents.

Un enfant carboné

 Pour extérioriser son éco-anxiété, Morgane dessine. Ici, un tableau appelé «La résilience».
Pour extérioriser son éco-anxiété, Morgane dessine. Ici, un tableau appelé «La résilience». ©A.D.

Si Morgane Van Acker ne s’est pas encore arrêtée sur une décision finale, elle pense cependant qu’elle renoncera à la parentalité à cause de son éco-anxiété. Alors que cette institutrice bruxelloise tente de réduire au maximum sa consommation de carbone, elle s’inquiète de l’empreinte écologique supplémentaire qu’impliquerait un nouvel enfant sur Terre. "Il y a deux choses pour moi. Il y a à la fois le besoin et le désir d’enfanter. Mais en même temps, je me demande si avoir un enfant n’annulerait pas tous mes efforts écologiques."

Est-ce qu’avoir un enfant n’annulerait pas tous mes efforts écologiques?

Quentin Pay, lui a pris sa décision. À 45 ans, l’Hélécinois a tranché il n’aura pas d’enfant, mais une vasectomie. Beau-père épanoui, il répond de cette manière à la menace écologique. "La meilleure façon de moins polluer, c’est peut-être finalement d’être moins sur Terre", motive-t-il.

 Si l’adoption est une piste pour allier éco-anxiété et parentalité, Zoé est bien consciente que c’est une décision qui doit être mûrement réfléchie, tant pour l’enfant que pour les parents.
Si l’adoption est une piste pour allier éco-anxiété et parentalité, Zoé est bien consciente que c’est une décision qui doit être mûrement réfléchie, tant pour l’enfant que pour les parents. ©A.D.

Zoé Masson, également attentive à l’empreinte carbone générée par un nouvel être humain sur la planète, réfléchit à des alternatives. Une des pistes envisagées avec son partenaire est l’adoption. "La parentalité a toujours été une expérience que je voulais vivre. En adoptant, je serais le parent d’un enfant qui est déjà sur Terre, je n’en rajouterais pas un pour le laisser perdu au milieu du chaos", explique la jeune Bruxelloise.

En quête de résilience

Parmi les éco-anxieux qu’il rencontre, l’écothérapeute Olivier Defosse voit une recherche de résilience dans deux comportements diamétralement opposés. "Certains vont assimiler à de la résilience leur choix de ne pas avoir d’enfant, car cette décision agit comme une forme de sacrifice destiné à réguler et à maintenir un certain équilibre sur la Terre. A contrario, d’autres font le choix d’avoir des enfants dans l’espoir de voir ces derniers œuvrer à construire positivement le monde post-effondrement."

Certains voient leur décision de ne pas avoir d’enfant comme un sacrifice destiné à réguler la population humaine. D’autres voient dans le choix d’avoir un enfant un espoir pour le monde post-effondrement.

 Jeune maman, Aurélie avait à cœur d’être la plus écoresponsable possible, avant de faire un burn-out: «J’avais l’impression de porter le monde sur mes épaules.»
Jeune maman, Aurélie avait à cœur d’être la plus écoresponsable possible, avant de faire un burn-out: «J’avais l’impression de porter le monde sur mes épaules.» ©A.D.

, Aurélie Mayer ne s’est pas posé la question de l’écologie quand elle a décidé de devenir maman. Aujourd’hui, l’Ixelloise ne sait pas si elle referait le même choix. "Je ne pense pas du tout que ce soit un acte de résilience de faire des enfants, raconte-t-elle, la gorge serrée. C’est même plutôt l’inverse. Quand on est seul, on n’est que soi. Quand la vie se termine, elle se termine pour soi, point. Quand on a des enfants, on n’est plus tout seul. Quand ma vie se terminera, celle de mes enfants continuera. Et avec l’avenir tel qu’il s’annonce, c’est anxiogène."

Taraudé par l’impression que l’avenir sera un combat quotidien, Nicolas veut développer des outils de survie qu’il pourra transmettre à ses enfants.
Taraudé par l’impression que l’avenir sera un combat quotidien, Nicolas veut développer des outils de survie qu’il pourra transmettre à ses enfants. ©A.D.

Pour Nicolas Deman, jeune guide nature ardennais, c'est par une recherche d'autarcie et un retour à la nature qu'il pourra développer sa résilience et se sentir prêt à devenir parent. "Plus je serai résilient, avec mon puits et mon jardin autonome, moins je serai éco-anxieux, et plus je me sentirai apte à élever un enfant avec l'avenir que l'on a."

Enfants et fin du monde: quand l’éco-anxiété influence la parentalité
©A.D.
Enfants et fin du monde: quand l’éco-anxiété influence la parentalité
©Emmanuel Crooÿ

Agathe Decleire, 23 ans – Uccle

Tout juste diplômée de mon master en journalisme à l’IHECS, je souhaite maintenant proposer un journalisme qui fait réfléchir et replace l’humain au centre du récit. Je crois au pouvoir de la presse qui questionne, confronte et écoute. Amoureuse des mots, je défends la démocratie en racontant des histoires journalistiques.