La médiation entre Michelle Martin et Jean Denis Lejeune sous écoute: Sudpresse condamnée

La journaliste et son employeur Sudpresse ont été condamnés par la cour d’appel de Liège à des peines d’amende. Pas de sursis ni de suspension du prononcé. L’affaire: l’écoute et la retranscription de la médiation entre Michelle Martin et Jean Denis Lejeune.

Albert Jallet
La médiation entre Michelle Martin et Jean Denis Lejeune sous écoute: Sudpresse condamnée
«Les parties intéressées avaient le droit le plus strict à une intimité qui a été bafouée.» ©AFP

C’est l’histoire d’un GSM tombé par terre qui a appelé tout seul la rédaction de Sudpresse. C’était en novembre 2012. C’était le GSM du médiateur qui à ce moment-là menait l’entrevue entre Jean-Denis Lejeune et Michelle Martin. Une journaliste l’écoutait pendant 50 minutes. Le lendemain, les extraits de cette conversation étaient publiés dans cet organe de presse. C’était le 17 novembre 2012. Colère des deux parties en médiation, plaintes étaient déposées.

Première question posée: est-ce une écoute illégale d’une conversation privée ou est-ce un délit de presse? L’enjeu: dans le premier cas, c’est du ressort du tribunal correctionnel. Dans le second, celui de la cour d’assises. Première décision: c’est bien une écoute illégale d’une conversation privée. Direction le tribunal correctionnel de Namur.

Sur le banc des prévenus, la journaliste de Sudpresse et la société Sudpresse. Le 28 juin 2019, le tribunal estimait que les préventions étaient établies et condamnait les deux prévenues. La journaliste devait payer 3 000€ et son employeur 15 000€. Au civil, les deux prévenues étaient condamnées à payer 500€ d’indemnités à Michelle Martin.

Les deux condamnées interjetaient donc appel. L'arrêt est tombé: il confirme le jugement de première instance pour la journaliste, «soit le taux minimum pour la journaliste qui bénéficie semble-t-il d'un parcours professionnel sans faille» mais alourdit un peu plus la note pour Sudpresse qui devra payer une amende de 21 000€ «tenant compte du but de lucre poursuivi et de sa qualité d'employeur qui a encouragé la rédaction de l'article».

Dans son arrêt, la cour stigmatise: «Dans un état démocratique, le respect du droit à une presse libre et l'intérêt général doivent faire l'objet d'une protection accrue; les journalistes ne bénéficient cependant pas d'un blanc-seing pour accomplir leur mission au mépris de la loi. L'écoute d'une communication privée ne peut se faire que dans des circonstances exceptionnelles et moyennant l'autorisation d'un juge d'instruction.»

Concernant la demande de suspension du prononcé demandée par les prévenues, la cour répond: «Il est nécessaire de leur faire prendre conscience du caractère gravement fautif de leur comportement, et la mesure qu'elles sollicitent, en risquant de continuer à banaliser dans leur chef la gravité des faits commis, ne peut atteindre cet objectif.»

Les 500€ sont confirmés au civil aussi: «Une rencontre que les prévenues devaient savoir extrêmement douloureuse et délicate pour les parties intéressées lesquelles avaient le droit le plus strict à une intimité qui a été bafouée et portée sur la place publique.»

Le médiateur au gsm moribond avait bénéficié d’un non-lieu en début de procédure.