Les réseaux sociaux nous rendent-ils débiles ou multifonctionnels?

Des chercheurs de Belgique, France, Suisse, Québec veulent proposent de recruter vos données électroniques pour les analyser. Ils veulent vérifier l’hypothèse selon laquelle les réseaux sociaux, loin de nous rendre incompétents, nous amènent au contraire à devenir pluri-compétents.

Catherine Ernens
Les réseaux sociaux nous rendent-ils débiles ou multifonctionnels?
«On est parti du constat qu’il existe beaucoup d’idées reçues sur les nouveaux médias. Notre hypothèse est que les réseaux sociaux loin de rendre incompétent rendent au contraire pluri-compétents», explique Louise-Marie Cougnon, chargée de recherche FNRS. ©EdA

Les utilisateurs, parfois compulsifs, de réseaux sociaux et messageries électroniques sont-ils en train de s’appauvrir, de se replier sur eux-mêmes, de détruire les rapports sociaux et de nous rendre incapables d’établir de vraies amitiés? Des chercheurs de plusieurs universités francophones (Belgique, France, Suisse, Québec) émettent l’hypothèse inverse.

Les réseaux sociaux nous rendent-ils débiles ou multifonctionnels?
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«On est parti du constat qu’il existe beaucoup d’idées reçues sur les nouveaux médias. Notre hypothèse est que les réseaux sociaux loin de rendre incompétent rendent au contraire pluri-compétents. Nous sommes capables de nous adapter et de jongler en fonction du niveau de communication»

, explique Louise-Marie Cougnon, chargée de recherche FNRS à l’Institut Langage et communication de l’UCL.

Cette «pluricompétence» amènerait à «switcher» de code à chaque changement de situation, d'interlocuteur et de médium de communication. «Nous pensons qu'il y a de plus en plus de compétences à la fois linguistiques et comportementales. On veut savoir comment les personnes gèrent d'un point de vue émotionnel la tristesse, la colère, la popularité et le harcèlement sur les réseaux sociaux, poursuit Louise-Marie Cougnon. La recherche pourrait montrer que nous devons plutôt nous dépasser du point de vue de nos émotions plutôt que de nous laisser aller.»

Pour analyser et vérifier cette hypothèse, une vaste collecte est lancée. Il s’agit de recruter 5000 à 10000 participants entre novembre et janvier via la plate-forme en ligne «vospouces». Tout le monde est invité à participer. Une fois récoltées, les données seront «anonymisées». Toute donnée à caractère privée (nom, prénom, adresse, numéro de téléphone...) sera enlevée de l’enquête. L’analyse de ces données durera jusqu’en 2019.

Les réseaux sociaux nous rendent-ils débiles ou multifonctionnels?
©Photo News

«On avait mené une expérience similaire lors d’une recherche menée au niveau des SMS, il y a une dizaine d’années. On avait reçu plus d’un million de messages à analyser

, indique Louise-Marie Cougnon.

On a pu constater qu’un adolescent sait parfaitement réaliser une dictée en classe sans faute et écrire tout à fait autrement quand il est sur sa tablette. La notion de faute d’orthographe est à relativiser suivant le contexte et n’est pas totalement catastrophique.»

Un questionnaire www.vospouces.org est en ligne. Chacun est invité à le remplir, même ceux qui refusent d'utiliser les réseaux sociaux. Un tirage au sort, avec des prix à la clé, est réalisé tous les lundis pour attirer un maximum de populations diversifiées.

Parmi les questions que pose l’étude: les nouveaux médias nous ont-ils contraints à réinventer nos modes de communication? Sommes-nous en train de réinventer notre mode de communication au travail ou en classe? Existe-il une compétence émotionnelle qui nous permettrait de mieux gérer verbalement nos rapports aux autres, notre «popularité virtuelle» ou les situations embarrassantes sur les réseaux sociaux?

Ce projet pluridisciplinaire piloté par l’UCL rassemble des chercheurs en sociolinguistique, psychologie, sociologie et traitement automatique de langage de plusieurs pays francophones. Il est financé par le FNRS.