La taxe Tobin, pour plus de justice ?

ONG et syndicats accusent le gouvernement belgede saboter la taxe Tobin. Le ministre des Finances rencontre ses homologues européens vendredi.

Marie-Laure MATHOT

Robin des bois dans un cercueil recouvert du drapeau belge devant le Parlement fédéral, c’est le symbole choisi par les ONG et les syndicats pour dénoncer la mort prochaine de la taxe sur les transactions financières (TTF), autrement appelée taxe Tobin.

La taxe sera-t-elle réellement enterrée? Réponse ce vendredi, lors de la réunion des ministres des Finances de l’Union européenne au Luxembourg.

Cette réunion est censée être l’ultime épisode d’une saga qui dure depuis 2011. Cette année-là, onze États membres de l’Union européenne se portent volontaires pour la mettre sur pied. La taxe devait consister à prélever entre 0,1 et 0,01% du montant des transactions financières sur des titres comme les actions et obligations et leurs produits dérivés. Selon les estimations initiales, cette taxe pourrait rapporter entre 30 et 35 milliards à l’Europe.

Mais alors que la Belgique est autour de la table de négociation depuis quatre ans pour la mise en place de cette taxe, le ministre des Finances Johan Van Overtveldt fait marche arrière toute depuis quelques mois estimant qu’elle pourrait avoir des conséquences négatives sur l’économie réelle, pour les fonds de pension et les assurances ainsi que sur la dette publique. Mais malgré ses propos, il reste autour de la table de négociation, comme prévu dans l’accord du gouvernement.

Une attitude ambiguë que l'ONG Oxfam Solidarité qualifie de « sabotage ». «On voit le double langage du ministre des Finances qui d'un côté continue de négocier mais de l'autre, n'arrête pas de critiquer cette taxe, explique Leïla Badeux, chargée de plaidoyer sur la campagne des inégalités à Oxfam Solidarité. Au lieu de sortir du groupe de négociation, la Belgique y reste et essaie de la saboter de l'intérieur. »

Pour Oxfam Solidarité, la TTF permettrait d’apporter plus d’équité dans la fiscalité, considérant que le secteur bancaire fait énormément de bénéfices sans être beaucoup imposé. L’argent récolté grâce à cette taxe pourrait ainsi être réinjecté dans des politiques de lutte contre la pauvreté et le changement climatique.

Pas assez ambitieuse pour être efficace

Pour l'économiste Mikaël Petitjean, professeur de finance à l'UCL Mons et à la Louvain School of Management, la taxe Tobin pourrait rapporter gros si elle était étendue à plus grande échelle. Mais pour l'économiste, cela reste de la «théorie, dans un monde meilleur où les États-Unis et la Grande-Bretagne étaient partants » et si l'on pouvait «être certain que cette taxe va être payée par tous les acteurs financiers. »

Mais dans l'état actuel des choses, les négociations risquent de réduire la mesure à peau de chagrin, non seulement parce qu'un faible nombre de pays l'appliquerait (minimum neuf) mais aussi parce qu'au final, ce seraient les petits épargnants les plus touchés. C'est en tout cas l'explication de Mikaël Petitjean. «Pour que cette taxe soit efficace, elle doit toucher un grand nombre de pays et les investisseurs institutionnels (banques, fonds de pension, assurances…) ainsi que les grandes fortunes. Mais ils ont les moyens de mettre en place des mécanismes pour contourner la taxe. Donc, finalement, elle risque d'être payée par un petit nombre de pays au sein desquels ce seront les petits épargnants qui mettront la main au portefeuille. Ces personnes-là n'auront pas les moyens de détourner la taxe. Ça pose donc aussi un problème de justice. »

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