Les cours de religion en pleine révolution

L’avenir des cours philosophiques sera sur la table du prochain gouvernement. Un compromis entre une heure de philo et une de religion est avancé.

Catherine Ernens
Les cours de religion en pleine révolution
Ecole ©Reporters (Illustration)

L’avenir des cours philosophiques dans nos écoles sera sur la table du prochain gouvernement. Le clash PS-cdH sur les titres requis pour les professeurs de cours de religion en est le signe, l’alibi ou l’allumette. Jeudi, la réunion avec les syndicats et les pouvoirs organisateurs, s’est soldée par des avis partagés et beaucoup d’énervements.

Dans tous les partis, le thème est à l’agenda. Écolo se prononce en faveur du maintien d’une heure de cours de religion ou morale et une heure de cours d’éducation aux valeurs. Paul Magnette, président du PS, en a fait état aussi. Le MR se bat de longue date pour l’instauration d’un cours de philosophie. Et même au cdH, on débat.

Le révélateur? Tous les professeurs, pour rappel, ont vu leurs «titres requis» mis à jour dans un décret. Seuls les professeurs de religion restent aujourd'hui sur le tapis. «Il s'agit pourtant simplement de professionnaliser les cours de religion. Il y avait un accord là-dessus. Mais nous assistons à une reculade de certains syndicats», commente le porte-parole de la ministre de l'enseignement Marie-Martine Schyns (cdH). «Pour des raisons idéologiques, on se prive d'outils qui sécurisent la formation des profs de cours de religion. C'est une prise en otage», dénonce encore le porte-parole.

Le CSC monte au front

Reculade? La CGSP et le syndicat libéral ne partagent plus la volonté de faire des cours de religion des cours «comme les autres». L’argument insinué est de dire que les cours de religion seront amenés à évoluer dans un avenir proche. Alors à quoi bon «bétonner» des cours qui doivent changer… dans quelques mois?

Le Conseil d’État, sauf surprise, devait renvoyer jeudi dernier la patate chaude à la Cour constitutionnelle. Cette dernière devrait, dès lors, rendre un avis dans les mois à venir sur le caractère obligatoire des cours philosophiques. Cet avis est attendu avec fébrilité. La Flandre, de son côté, a déjà évolué sur ce caractère obligatoire. En Flandre, les enfants du réseau officiel qui ne souhaitent suivre aucun cours de religion ou de morale, peuvent obtenir une dispense. Actuellement, 0,7% des petits Flamands ne suivent plus de cours philosophique en primaire et 1,6% en secondaire.

En attendant, la CSC-Enseignement, sentant le vent tourner, est montée lundi au front pour exiger que «les cours de morale et religions soient maintenus à raison de 2h/semaine et assurés par l'enseignant désigné pour chacun de ces cours. La suppression du caractère obligatoire aurait des conséquences dramatiques sur l'emploi». Une perte d'emploi concernerait quelque 2500 professeurs qui, même s'ils étaient affectés à d'autres matières, ne pourraient pas faire valoir leur ancienneté.

Les cours de religions résisteront-ils? «Cette fois, c'est mal engagé, s'alarme Michel Desmet, inspecteur de religion des écoles de la Communauté française. Cela fait trente ans que je me bats pour les profs de religion. Cette fois-ci, les attaques n'ont jamais été aussi fortes et l'opinion publique, je le crains, restera amorphe».