Eglise : les victimes d'abus sexuels viennent souvent seules

La conciliation a été la voie majeure choisie par les victimes d’abus sexuels au sein de l’Église en 2013.

Catherine Ernens
Eglise : les victimes d'abus sexuels viennent souvent seules
Abus sexuel Eglise ©Reporters (Illustration)

L’opération de l’Église belge pour rendre leur dignité aux victimes d’abus sexuels par des prêtres se poursuit, jour après jour. Le centre d’arbitrage en matière d’abus sexuels a déposé hier mercredi son rapport annuel au parlement.

L’année 2013 a été chargée. Mais elle confirme les tendances observées en 2012. La voie de la conciliation est choisie massivement par les victimes. 621 requêtes ont été déposées par des victimes. Elles ont abouti pour le moment à 264 conciliations. Dans 27 cas, des désistements ont été enregistrés. Ces désistements sont justifiés par une indemnisation obtenue par la victime en s’adressant soit à un « point de contact» organisé par l’Église, soit directement aux autorités de l’Église. Seules deux affaires n’ont pas pu aboutir à une conciliation et ont été renvoyées à des collèges arbitraux.

Eglise : les victimes d'abus sexuels viennent souvent seules

À ce jour, précisément, 299 cas ont été conciliés. Et le total des sommes allouées par l’Église aux victimes s’élève à 1 million 639 000€. Le montant maximal de 25 000€, qui n’avait jamais été versé en 2012, a été accordé une fois en 2013.

Autre tendance déjà observée en 2012: les victimes sont nettement plus nombreuses parmi les hommes et parmi les néerlandophones. Trois hypothèses peuvent expliquer cela. Tout d’abord, les cas de pédophilie commis par des prêtres ont fait plus de bruit médiatique en Flandre, suite à l’affaire Vangheluwe, l’évêque de Bruges obligé de démissionner après de terribles révélations.

Ensuite, les faits de pédophilie visés ici se sont déroulés dans les années 50, 60 et 70. À l’époque, la Flandre était sociologiquement «plus chrétienne» que la Wallonie, alors prospère et industrielle. Enfin, dans les années visées, il y avait nettement plus d’internats dirigés par des congrégations religieuses en Flandre, lieux «propices» à ces méfaits.

« Des vies gâchées »

La présidente de la commission sur les abus sexuels, la socialiste Karine Lalieux, a porté ce à bout de bras. Elle se dit aujourd'hui satisfaite. «Les conciliations continuent. Le dialogue persiste entre les victimes et les représentants de l'Église. On n'est pas dans une démarche pénale mais dans une démarche collective .»

Le rapport 2013 montre aussi que la plupart des victimes se présentent seules. Et sinon elles viennent le plus souvent accompagnées de leur famille. Karine Lalieux parle à ce titre «du stress des victimes qui souvent racontent ce qu'elles avaient tu toute leur vie».

La députée PS rencontre les victimes après qu'elles soient passées en conciliation. «Et pour elles, ce n'est pas tant l'argent que la reconnaissance de ce qu'elles ont subi qui leur importe. On ne peut jamais se réjouir face à ça. Mais le retour que j'ai est positif, poursuit Karine Lalieux. On a trouvé une solution exceptionnelle pour des victimes qui n'auraient jamais eu d'autre recours possible à cause de la prescription. Ce sont des vies gâchées. Mais nous faisons ici, comme parlementaires, œuvre utile. La Suisse d'ailleurs s'intéresse à notre solution pour l'appliquer peut-être chez elle.»

Les élections n’arrêteront pas le travail d’orfèvre de cette commission. Les conciliations continueront. Il reste entre 45 et 50 cas francophones. Cela pourra être donc terminé vers le mois de juillet de cette année. Mais il reste plus de 200 cas néerlandophones et les conciliations devront se poursuivre en 2015.