Photovoltaïque : une redevance pour tous

La Cwape est prête à aboutir sur une «redevance réseau». Pour le photovoltaïque, le compteur double flux va avoir un vif intérêt.

Alain wolwertz
Photovoltaïque : une redevance pour tous
©Belga

Les gestionnaires de réseaux de distribution électrique (GRD) y pensent depuis 2012. La Cwape (le régulateur wallon) serait proche de déposer un projet sur la table de cette fameuse redevance pour l’utilisation du réseau. Elle entrerait en vigueur en 2015, année de libéralisation des tarifs électriques.

Sous quelle forme? Une redevance unique calculée par kWh prélevé sur le réseau et qui viserait aussi bien les propriétaires d'une installation photovoltaïque que les autres. Une manière d'éviter ce qui est arrivé en Flandre où la justice a jugé discriminatoire une telle redevance appliquée aux seuls producteurs d'électricité solaire.

L’intérêt d’un compteur double flux

Évidemment, un producteur photovoltaïque voit son compteur tourner à l’envers. L’électricité qu’il injecte sur le réseau compensant ce qu’il y pompe, comment calculer la redevance? Elle sera estimée en fonction de leur installation photovoltaïque (on parle de 150€ pour 3 kWc).

Une taxe aveugle, qui frappe indifféremment petits et gros producteurs d’électricité photovoltaïque? La Cwape serait prête à moduler la redevance en fonction de ce qui est réellement réinjecté sur le réseau. Mais pour le mesurer, les producteurs devront investir eux-mêmes dans un compteur double flux (entre 200 et 250€).

Mais l’investissement peut être rapidement rentable pour ceux qui ont une installation correctement dimensionnée en fonction de leur consommation et qui privilégient l’auto-consommation.

Chez BRF, la plateforme des acteurs de l'industrie des énergies renouvelables, on salue d'ailleurs favorablement le projet de redevance tel qu'envisagé par la Cwape avec cette possibilité d'affiner le calcul avec un tel compteur. «Car une redevance identique pour tous, qui impacterait donc de la même manière le ménage qui a fait un investissement pour consommer moins et celui qui a fait un investissement purement spéculatif serait une idiotie », juge David Germani. Le directeur de la plateforme estime qu'une telle mesure est d'ailleurs de nature à favoriser des comportements d'auto-consommation chez les producteurs photovoltaïques. Par exemple en optimisant l'utilisation des appareils électroménagers au moment des pics de production alors que beaucoup conservent encore le réflexe "tarif de nuit".

Rentable mais mort…

Du côté d'Edora, la fédération des énergies renouvelables, on estime aussi que la proposition d'une telle redevance «n'est pas dénuée de sens». Mais à l'image de tout ce qui a été réalisé depuis l'explosion de la bulle des certificats verts, on regrette que cela se soit fait à chaque fois à coups de reculades, d'effets rétroactifs et de flou artistique dans la communication. «S'il faut payer pour le renforcement des réseaux électriques, c'est de bon sens que les producteurs photovoltaïques participent aussi, note Frank Gérard, conseiller photovoltaïque chez Edora. Mais c'est encore une fois venir avec des changements. On a déjà perdu 9 mois voire plus avec Qualiwatt et on ajoute encore quelque chose de nouveau alors qu'on aurait aussi pu penser à l'intégrer à ce moment-là…»

Or, ce dont le secteur a besoin par-dessus tout aujourd'hui c'est de stabilité pour rendre confiance au public. «Car aujourd'hui, le secteur est totalement mort. On ne verra sans doute pas arriver de nouvelles installations en Wallonie avant un moment.» Ou comment tuer un mode de production verte qui reste pourtant rentable aujourd'hui…