Les tiques: une menace sous-estimée

La population des tiques et leurs conséquences sur la santé de la population sont sous-estimées, selon une scientifique. Qui met les autorités belges en garde.

François-Xavier Giot
Les tiques: une menace sous-estimée
Tique ©Reporters

Les tiques seraient responsables d’un gros millier de cas de maladie de Lyme chaque année en Belgique. Mais ces chiffres officiels seraient sous-estimés, selon Valérie Obsomer, chercheuse à l’UCL, qui plaide pour une meilleure étude du phénomène et une plus grande sensibilisation de la population.

«En rassemblant l'ensemble des données à notre disposition, explique la scientifique, on a pu mettre en évidence que les tiques vectrices de maladies se trouvaient un peu partout sur le territoire, même dans la zone côtière. Le deuxième enseignement, c'est qu'il existe des zones où les tiques sont très très abondantes. Et la troisième chose, c'est qu'on a trouvé dans les tiques en Belgique de nombreux autres pathogènes et pas seulement la maladie de Lyme.»

Un triple constat qui fait dire à Valérie Obsomer que le problème est « très sous-estimé» en Belgique, « et ce, parce que le système de surveillance qui est mis en place pour l'instant ne permet pas de surveiller vraiment ce qui se passe. On n'a pas vraiment une bonne idée du nombre de cas de maladie de Lyme en Belgique

Contraste avec les Pays-Bas

Pour appuyer son constat, la scientifique se base sur les chiffres disponibles aux Pays-Bas. «Nous nous rendons compte qu'ils ont là-bas 22 000 cas par an. Or ils ont le même habitat que chez nous, la même abondance de tiques, les mêmes pathogènes présents et donc, on a sans doute la même proportion de cas de maladie de Lyme qu'aux Pays-Bas. »

En 2010, les estimations en Belgique oscillaient entre 500 et 1 500 cas, selon les méthodes de comptage. La même année, aux Pays-Bas, on a dénombré 22 000 cas. Le phénomène s’arrêterait-il donc à la frontière?

Pour Valérie Obsomer, la réponse ne fait guère de doute. En analysant une étude basée sur un questionnaire envoyé à des médecins généralistes (161 ont répondu), elle estime le nombre de cas à 15 000. Un chiffre en constante augmentation ces dernières années. Entre 2004 et2009, la hausse s’élèverait à 8%.

La population sollicitée

Pourtant, officiellement, il ne serait pas question de hausse chez nous. D’où l’appel de la scientifique à une révision du système de surveillance.

Aux Pays-Bas, les citoyens qui se font mordre par une tique peuvent signaler l’endroit où la morsure est survenue. Et parallèlement à cela, une vaste enquête est menée tous les trois/quatre ans auprès des médecins néerlandais pour leur demander de communiquer le nombre d’érythèmes diagnostiqués en un an.

Dans l'attente de l'instauration d'un système de surveillance similaire en Belgique, la scientifique a décidé de prendre les devants en demandant à la population d'indiquer, dès qu'elle le peut, le lieu où l'on a été mordu par une tique. Si cela vous arrive, signalez-le à l'adresse www.tekentiques.net.