Cachez ce sein…

L’imagination de l’homme et de la femme n’a pas de limite. Notamment, lorsqu’il s’agit de manifester son désaccord.

Didier Malempré

Aujourd’hui, quand on descend dans la rue, on fait preuve aussi d’une certaine créativité, puisqu’on vise à être d’abord vu, et peut-être ensuite entendu.

Les balades à vélo dans le plus simple appareil sont ainsi devenues monnaie courante. Mais qu’on ne s’y trompe pas: une initiative, comme celle vue à Bruxelles ce dernier week-end, ne sert pas nécessairement la cause du vélo. Parce que voir ces hommes et ces femmes dans le plus simple appareil (enfin, presque dans le plus simple appareil…) apporte davantage de questionnement sur la performance (essayez donc d’enfourcher votre vélo en tenue d’Eve ou d’Adam) que sur une revendication qui ne sera sans doute pas suivie d’effets, c’est le cas de l’écrire. Au fond, le premier streaker n’avait, lui, rien à revendiquer, sinon qu’il voulait inaugurer, en 1804, au Washingtion College, un rite de passage pour les nouveaux. Le rite a fait florès, notamment dans les stades. Ce qui est davantage perçu comme une honnête distraction pour les spectateurs.

Aujourd’hui, en tout cas chez nous, marcher, courir ou rouler nu n’entraîne plus la moindre sanction, à condition de revendiquer quelque chose. Mais on n’est pas sûr que c’est le meilleur moyen de faire passer un message.

Et les Femen, me direz-vous? Manifester seins nus, comme l’initia l’Ukrainienne Anna Hutsol en 2008, avait pour but de médiatiser les revendications de la femme en Ukraine, dont la condition n’était pas celle de l’homme. Aujourd’hui, le mouvement s’est étendu, sans pour autant améliorer la condition de la femme dans le monde. Tout au plus , celles qui ont osé montrer leurs seins en Tunisie sont allées en prison, dans l’indifférence presque générale.

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