« Le jugement pourrait redonner espoir aux 4 000 chauffeurs qui ont perdu leur emploi »

Un procès très attendu par les chauffeurs routiers débute cette semaine devant le tribunal d’Anvers. Une entreprise est attaquée par trois chauffeurs roumains qui réclament des salaires non perçus.

« Le jugement pourrait redonner espoir aux 4 000 chauffeurs qui ont perdu leur emploi »
Reporters_19400046_58509058.jpg ©Reporters / Imago
François-Xavier Giot

Pendant des années, ils ont travaillé au départ du port d’Anvers et transporté des marchandises à travers toute l’Europe. L’entreprise qui les employait les payait selon les barèmes en vigueur en Roumanie, leur pays d’origine. Aujourd’hui, ils réclament leur dû, à savoir une rémunération telle que prévue dans le droit belge.

S’ils gagnent leur procès, les trois camionneurs roumains pourraient toucher un jackpot. Qu’ils n’auraient d’ailleurs pas volé, à en croire la CSC-Transcom qui les seconde dans leur bataille. Les montants réclamés pourraient atteindre 60 000euros pour l’un des chauffeurs.

Concurrence déloyale de chauffeurs venus de l’Est

Mais au-delà de ces cas personnels, c'est tout un business dénoncé depuis plusieurs années par les syndicats qui risque d'être mis à mal. À savoir le recours de la part d'entreprises belges à des chauffeurs bulgares, roumains, moldaves, hongrois et autres pays de l'ancien bloc communiste pour véhiculer des marchandises au départ du sol belge. Une pratique condamnable, rappelait en avril dernier la CSC-Transcom. La FGT-Ubot n'avait d'ailleurs rien dit d'autre dans une vidéo qui épinglait ces pratiques (voir ci-dessous).

Le syndicat chrétien préparait alors le procès qui va s'ouvrir cette semaine et réagissait à un dramatique fait diversqui avait coûté la vie à deux chauffeurs polonais.

Huit mois de préparation

«Cela fait huit mois qu'on prépare le procès, explique Roberto Parrillo, responsable général du secteur à la CSC-Transcom. On a démarré avant la catastrophe de Wingene. C'est la première action du genre menée en Belgique

Mais pas seulement. Car pour éviter que l’entreprise incriminée ne tente de retarder la procédure en remettant en cause la compétence du tribunal d’Anvers, une action parallèle a été introduite en Slovaquie.

Faire appliquer la jurisprudence européenne

L'objectif de la CSC-Transcom est clair: «On veut faire appliquer l'arrêt de la Cour de Justice européenne. On demande que les travailleurs étrangers qui opèrent depuis la Belgique soient considérés comme des travailleurs belges.» Et donc payés en conséquence.

Si le tribunal devait leur donner gain de cause, le jugement pourrait inciter d’autres chauffeurs dans le même cas à entamer des procédures similaires. Et donc faire réfléchir les sociétés qui ont recours à ce type de pratiques.

Rendre espoir aux chauffeurs belges

Mais l’affaire, si elle devait connaître une issue positive pour les chauffeurs, pourrait aussi avoir des répercussions sur les finances de l’État car ces entreprises devraient rembourser leurs dettes vis-à-vis de l’ONSS. Mais elle pourrait aussi faire tache d’huile sur d’autres secteurs où des pratiques similaires sont dénoncées, notamment dans la construction.

Enfin, l'affaire pourrait «aussi rendre service aux chauffeurs belges, quand on sait que 4 000 chauffeurs belges ont perdu leur emploi ces dernières années», conclut M.Parrillo.