Nutella, spéculoos et Carambar: recette gagnante

Le livre n’est pas épargné par la crise. Mais au rayon des culinaires, on a le sourire. Et le succès s’appelle Nutella, spéculoos et Carambar! Régressif…

Marie-françoise Gihousse

Ils sont petits, ils ne sont pas chers et ils ont des noms qui nous replongent dans l’enfance: "Nutella, les 30 recettes culte"; "Le petit livre de la Vache qui rit"… Depuis que les éditions Marabout ont lancé, voici bientôt un an et demi, leurs petits livres de recettes culte, c’est l’affolement dans les rayons culinaires de toutes les librairies. De quoi faire pâlir d’envie d’autres secteurs du livre, d’autant que l’édition culinaire connaît, depuis quelques années, un véritable boum.

Avec 11,4 millions d’exemplaires vendus, le marché du livre de cuisine reste en progression (environ 5%). Si ce marché est multiple (voir ci-contre), il est donc manifestement boosté par les petits livres consacrés aux marques culte. Et si tous les éditeurs se lancent sur les traces de ce marché juteux, Marabout garde son avance. Sur les neufs premiers mois de l’année, l’éditeur a classé 25 de ces petits titres dans les 30 meilleures ventes, en France, de livres de cuisine (classement Ipsos/Livres Hebdo). Mieux, Marabout qui détenait déjà 25% du marché du livre culinaire en possède désormais 34%.

Des plaisirs régressifs? «La cuisine, explique Jean-François Guillaume, professeur de sociologie à l’Université de Liège, représente un peu un paradis perdu dans notre mode de vie actuel. On y passe de moins en moins de temps. Or, nous gardons la nostalgie, du moins pour les quadras et plus, des moments familiaux autour de la cuisine préparée par la mère. Ça a un caractère paisible. Mais c’est aussi plus une image que le reflet de la réalité.»

Et le sociologue n’est pas étonné du succès des recettes à base de Nutella et autres Vache qui rit. «D’abord, ces marques renvoient à une certaine nostalgie mais aussi à une pérennité rassurante. Ils ont duré donc ils inspirent la confiance. Mais je pense aussi que le succès a de fait un aspect un peu régressif et doucement contestataire. Nous sommes bombardés d’injonctions quant à notre manière de vivre et de manger. Cuisiner du Nutella ou des spéculoos prend un caractère un peu pervers… Sans être trop grave, on n’est quand même pas dans les plats lourds en sauce.»

Mais le succès des livres de cuisine, dans la foulée d’ailleurs des émissions télévisées pourraient être le reflet d’un nouvel art de vivre. «C’est une façon de mettre la main à la pâte dans un monde où on le fait de moins en moins. Un plaisir que l’on peut ensuite partager en famille ou avec des amis. L’impression de se retrouver à plusieurs autour de choses essentielles.»

Il n’en reste pas moins que la prolifération des livres de cuisine va de pair avec celle des plats préparés vendus en grandes surfaces. Antagoniste? «Pas vraiment, termine Jean-François Guillaume, ces livres sont aussi un espace de liberté que l’on se ménage, entre une cuisine familiale qui n’est plus, celle de nos grands-mères, et la cuisine rapide imposée par notre style de vie et omniprésente dans ces grandes surfaces.»

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