Les dépenses de santé stagnent

Pour la première fois depuis 1975, les États européens voient leurs dépenses de santé diminuer. En Belgique aussi elles stagnent.

Les dépenses de santé stagnent
Urgence, hôpital, malade ©REPORTERS
Alain Wolwertz

Pas plus tard qu’hier l’idée était encore sur la table du gouvernement en quête de milliards pour boucler son budget: grappiller quelques millions dans les dépenses de soins de santé.

Car la ritournelle est connue: la santé coûte cher à l’État. Trop cher. Toujours plus cher.

Sauf que… Selon le Panorama santé de la santé: Europe 2012, rapport conjoint de l'OCDE et de la Commission européenne publié hier, cette tendance s'inverse. L'étude menée dans les 27 pays de l'Union plus cinq candidats et trois membres de l'espace économique montre que les dépenses de santé ont globalement diminué en 2010. Une diminution certes minime (-0,6%), mais significative puisque c'est la première depuis… 1975!

En Belgique aussi? Presque. Elle n’est pas dans la catégorie de pays comme l’Irlande, la Grèce ou l’Islande, où les dépenses ont chuté de 2 à 7% après une décennie d’augmentations dans les mêmes proportions. Mais, en 2010, l’État belge n’a pas dépensé plus qu’en 2009.

Une première aussi puisqu’après une décennie où les dépenses de santé avaient augmenté de 2%, elles sont restées stables. À 10,5% du PIB. Soit 35 milliards d’euros. Trop? C’est moins en tout cas que des pays comme la France ou l’Allemagne (11,6% du PIB).

«2010 marque le début d'une stagnation ou même de diminution des dépenses de santé en Europe, note Frédéric Vincent, porte-parole de la Commission européenne. Il est encore trop tôt pour tirer des conclusions sur un lien avec la crise, même si certains pays ont effectivement coupé dans leur budget santé.» Avec des conséquences néfastes sur les soins? «Réformer les dépenses de soins de santé ne veut pas forcément dire qu'on diminue la qualité. Mais à ce stade, c'est une question qu'il faut encore vérifier.»

La stagnation des dépenses de soins de santé en Belgique s’est-elle faite au détriment du portefeuille des patients? Non puisque le rapport montre que sur la décennie écoulée, la quote-part du patient n’a pas augmenté. Mais avec 24% à charge du patient elle est élevée. Plus que dans des pays au niveau de développement comparable.

Le patient paie un quart de la note

«La Belgique est dans la moyenne des dépenses par rapport aux pays voisins mais par contre, la part à charge du patient y est plus élevée» note Jean Hermesse, le secrétaire général des Mutualités chrétiennes. Au Pays-Bas, où les dépenses de santé pour l'État sont de 12% du PIB, la part supportée par le patient n'est que de 14%. Au Danemark c'est 15% alors que la santé coûte à peine plus cher à l'État que chez nous (11,6%).

Pour Jean Hermesse, la contraction des dépenses est plutôt à chercher dans la politique de modération salariale appliquée dans les milieux hospitaliers.

Reste le point noir belge mis en lumière par le rapport: les dépenses de médicaments. Avec 1,7% du PIB consacré à la pharmacie, la Belgique est le 3e pays le plus dispendieux. Devant ces mêmes pays qui dépensent pourtant globalement plus en soins de santé.