Etes-vous atteint du « blues post-vacances » ?

Vous avez déjà pris vos vacances. Le retour au quotidien vous est insupportable ? On a mis un nom sur ce phénomène : syndrome post-vacances.

Pascale Serret
Etes-vous atteint du « blues post-vacances » ?
Vacances ©Fotolia

À u fil des discussions sur un forum internet, on voit flotter cette bouteille à la mer. « La semaine dernière, on était tous beaux et bronzés sur la plage. Et là, c'est fini. Comment vous faites pour ne pas déprimer, vous ? » Prendre des vacances et revenir au boulot déprimé et fatigué. Un comble.

Pour certains, c'est passager. Au pire, on aura affaire à une vieille connaissance : cette appréhension qui nous prenait déjà le ventre à la veille de la rentrée des classes. Et puis, bien sûr, une terrible envie de faire demi-tour. Ça ne dure pas. Le temps de retrouver ses marques et c'est reparti.

Pour d'autres, le malaise s'installe. Anxiété, irritabilité, fatigue, insomnies, troubles de l'appétit, rythme cardiaque en folie, douleurs diverses, sentiment de vide... Le blues tourne à la déprime. Franchement, ça valait bien la peine de prendre des congés... On n'est plus très loin des signaux de la dépression.

Il y a quelques années, des chercheurs ont mis un nom sur ces symptômes : le syndrome post-vacances, qui se caractérise surtout par de la déprime et une grosse fatigue.

« C'est une réaction relativement normale. Pendant l'année, on fonctionne à un certain niveau de stress. On est habitué à l'équilibre hormonal qui y est associé, même s'il n'est pas bon pour nous », explique Yves Wauthier, psychothérapeute, directeur de l'Institut Therapeuthia. « On est habitué à utiliser toujours les mêmes connexions neuronales. Un exemple : d'habitude, vous vous croisez les bras dans un sens. Si vous les croisez dans l'autre sens, vous n'y arrivez pas tout de suite et vous ne vous sentez pas bien avec cette posture. C'est la même chose... »

Dix jours, le temps idéal

Le rapport avec les vacances ? Ces connexions neuronales, de véritables autoroutes pour notre cerveau, changent pendant les vacances. Les autoroutes deviennent chemins de traverse. L'équilibre qu'on atteint est plus sain. Une part de nous est satisfaite. Mais on ne sera plus équipé de la même façon pour reprendre les « autoroutes » neuronales à la rentrée. « Il faut une quinzaine de jours pour mettre en place d'autres canaux de communication et les stabiliser. C'est le temps des vacances. Quand on revient, ça ne va plus . Il faut reconstruire le système », poursuit Yves Wauthier.

Voilà pour l'aspect neurologique. Il y a aussi la facette psychologique. « Pour l'esprit inconscient, le temps n'existe pas. Il est incapable de faire la différence entre un film, un souvenir et le présent. À la pensée du retour, tout est réactivé comme si ça se passait maintenant. C'est le processus qui se met en place lors d'un choc traumatique ou post-traumatique. En une demi-seconde, le réflexe conditionné se déclenche : ça entraîne un afflux de cortisone, la molécule du stress qui manquait parce qu'on n'en avait pas besoin pendant les vacances. Mais on en convoque trop à la fois. C'est ce qui déclenche le malaise. »

Le bénéfice psychique des vacances est plus ou moins perdu. Le corps a eu sa dose de repos, mais le cerveau encaisse un maximum.

Une des réponses à apporter (il y en a plusieurs, lire par ailleurs), c'est le morcellement des vacances. Du moins quand on peut. « Les dernières études neurologiques estiment que le temps idéal pour des vacances, c'est 10 jours. Mieux vaut deux fois 10 jours que 20 en une seule fois. On a le temps de se reposer physiquement. Mais le système neurologique n'a pas le temps quant à lui de construire totalement un autre modèle », conclut le psychothérapeute.