Le choix qui fait de l'ombre au photovoltaïque

Même si elle lui fait de l'ombre, la suppression de la prime ne surprend pas le secteur. Qui doit convaincre que le photovoltaïque reste rentable.

Alain Wolwertz
Le choix qui fait de l'ombre au photovoltaïque
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Après l'avoir dopé, la Région wallonne a-t-elle signé l'arrêt de mort du secteur photovoltaïque, mardi, en annonçant la fin de la prime à l'installation ? Sentant bien qu'il risquait de se prendre un panneau dans la tronche, le ministre régional de l'Énergie, Jean-Marc Nollet (Écolo) a voulu désamorcer immédiatement en assurant que le secteur était assez « mûr » pour se passer de primes.

Globalement, les entreprises actives dans le secteur reconnaissent d'ailleurs qu'elles pourront garder une place au soleil sans la prime. Mais à condition toutefois qu'on ne touche ni au mécanisme des certificats verts, ni à celui de la déduction fiscale. Hier matin, le ministre fédéral des Finances, Didier Reynders, a rencontré le ministre Nollet et l'a rassuré sur ce point. Pas touche à la déductibilité sur le photovoltaïque donc.

Le secteur mûr mais le public?

Ceci étant, si le secteur est « mûr » pour vivre sans prime, le public l'est-il pour débourser en moyenne pas loin de 20 000 € pour son installation sans le coup de pouce régional ?

Chez les installateurs, on est conscient que ce sera là un cap psychologique à surmonter. Mais la plupart s'accordent aussi pour dire que, avec les progrès techniques, la diminution des coûts et la maturité du secteur, une installation achetée en 2010 sans la prime sera au moins aussi rentable que celle installée cette année avec le subside wallon. À installation égale, en une grosse année, les prix ont chuté de pas loin de 30 %. Pas de raison de jalouser le voisin qui a garni son toit de panneaux avant vous donc. Sauf peut-être celui qui s'est décidé juste avant le couperet du gouvernement et qui, lui, a fait une affaire en or.

« C'est clair qu'on savait que ce ne serait jamais aussi intéressant qu'en cette fin d'année », dit Pierre Leso, installateur de la société Enersol, à Battice. Exemple concret ? Quand en 2008 on payait 17 500 € pour une puissance installée de 2500 à 3000 watts-crète (Wc), on obtient au moins 4 000 Wc pour le même prix aujourd'hui.

S'il regrette que l'information n'ait pas été communiquée plus tôt aux professionnels du secteur, la suppression de la prime ne l'inquiète donc pas trop. « On savait que le plan Solwatt avait pour but de booster le secteur, et c'est réussi. »

« À la limite, maintenir la prime ce serait créer une "surrentabilité" qui serait dommageable au secteur, estime Noémie Laumont, secrétaire générale de la Fédération de l'Énergie d'Origine Renouvelable et Alternative. Car on en viendrait à dire que le photovoltaïque est un placement rentable payé par l'argent wallon. Il faut d'ailleurs relativiser la prime car aujourd'hui on a la même rentabilité sans elle. »

Depuis plusieurs semaines, la plupart des installateurs, ayant senti tourner le vent, calculaient d'ailleurs leurs devis avec et sans la prime régionale. « Il était d'ailleurs temps que cette période floue se termine, indique Pierre Leso, d'Enersol, car on n'était pas très crédible auprès des clients. »