Le photovoltaïque victime de son succès

TEMOIGNAGE VIDEO | Un an après avoir installé sur leur toit des panneaux photovoltaïques, des particuliers attendent toujours les premiers certificats verts. Les dossiers sont en rade.

Jean-Christophe Herminaire
Le photovoltaïque victime de son succès
85744 ©(photo EdA - Jacques Duchateau)

Christian a été un des premiers à bondir sur l'opportunité du plan Solwatt. Celui-ci entrait en vigueur le 1er janvier 2008. Son installation photovoltaïque était fin prête le 22 du même mois : 24 m2 de panneaux sur le toit, qui lui ont permis de produire 3100 kW/h l'an passé. Aujourd'hui, Christian attend toujours de recevoir son premier certificat vert, que la CWaPE lui promettait encore dernièrement pour le 31 décembre. On lui parle à présent de février.

«Je produis par an, autant d'électricité de jour que ce que j'en consomme. Ma facture Lampiris se limitera à environ 500 kW/h/nuit pour 2008», se réjouit-il Mais même en y ajoutant les déductions fiscales, «cela ne me permet pas de rentabiliser mon installation dans un délai raisonnable.» Pour amortir les 20 000 € investis dans les panneaux pour lesquels Christian a consenti un financement bancaire il lui faut absolument les «fameux» certificats, sponsorisés par la Région.

Par 1000 kW produits, on reçoit sept certificats verts. Christian en attend donc 21, qui sur base du prix minimum garanti à 65 €, représentent 1 340 €.

«Ça a déjà pris environ six mois pour recevoir la certification de mon installation, indispensable pour obtenir la prime de 3 500 €, que j'ai reçue en août. J'ai fait mes premiers relevés de compteur en juin, puis en septembre et en décembre. Mais ils ne répondent jamais à mes mails. J'ai juste l'accusé comme quoi ils ont été lus.»

Il souligne que, curieusement, il n'existe pas de procédure type pour ces relevés d'index compteur. Rien de standardisé. Chacun improvise. Certains font dans la synthèse mais d'autres pondent des tartines. «Comment voulez-vous qu'ils s'y retrouvent», ironise Christian.

Benoît, un collègue de travail, fait le même constat. «La procédure me fait beaucoup rire. Il faut tout faire par mail, mais sans qu'on précise le contenu. C'est des fous furieux: il y a des milliers de relevés, tous les trois mois, et les gens vont renvoyer n'importe quoi.» Lui attend pour 1 911 € de certificats, à la valeur minimale. Mais ne voit toujours rien venir. «En attendant, c'est de l'argent qui glande.»

Ses 35 m2 de panneaux installés en février ont produit 4170 kW/h. Mieux que ce qu'il espérait. «La production annoncée et calculée par mes soins était de 3540 kW/hsur l'année complète.» Il est donc tout à fait satisfait d'avoir investi dans le solaire. D'autant qu'il n'a pas dû passer par un prêt pour financer une installation de 28 000 €. «J'ai mis l'argent de mes économies. Ça valait mieux que les mettre chez Kaupthing.»

«En fait, tout fonctionne bien, conclut-il, mais très très lentement. Ce que j'ai à reprocher, vraiment, c'est le flou artistique, le manque d'information. Je ne sais pas quand je recevrais les certificats, ni sous quelle forme». Ensuite, il faudra encore les vendre, trouver un acheteur. «Je pense aller vers les Compagnons d'Éole, mais comme pour l'instant je n'ai rien à négocier...»

La mise en route a été pénible. Même à la CWaPE, on le reconnaît. « C'est clair, on n'était pas prêts lorsque le plan Solwatt a été lancé », assume son président, Francis Ghigny. Pour qui il n'y a, tout de même, pas « faute » politique. Même si la Commission wallonne de l'énergie s'est retrouvée débordée « par des demandes plus nombreuses qu'escompté » et par « une procédure pas très cohérente ».

Près de 2800 dossiers concernant des installations photovoltaïques ont été rentrés en 2008. « C'est vrai, on a accumulé du retard. Il a fallu former, engager du personnel, dont trois intérimaires pour traiter l'arriéré. Et mettre au point les procédures informatiques. » Mais depuis le 1er décembre, une gestion plus rapide fonctionne, assure M. Ghiny. « Tous les dossiers introduits après le 1er décembre 2008 sont traités dans le mois. Pour ceux qui ont été introduits avant, il y a rattrapage. »

La notification d'acceptation de ces demandes étant traitée en priorité par la Cwape, c'est son autre mission - la procédure d'octroi des certificats verts - qui a fait les frais de la surcharge. Les plaintes venant de particuliers impatients de voir les promesses tenues, et leur investissement rentabilisé, se sont accumulées. Y compris sur le bureau du ministre Antoine qui, à la mi-septembre, demandait à la CWaPE de lui faire parvenir une proposition de modification de la législation, visant à simplifier les démarches.

La solution proposée est simple : un guichet unique. La complexité de la procédure actuelle s'explique par un jeu de va-et-vient entre deux interlocuteurs auxquels doit s'adresser celui qui veut produire son électricité. D'un côté, les 13 gestionnaires de réseaux (GRD, anciennes intercommunales) chez qui on doit introduire la demande pour mettre en service l'installation. Après accord, la Cwape vérifie le dossier et délivre le « certificat de Garantie d'Origine » de l'installation. Lequel permet de recevoir la prime... octroyée par le gestionnaire de réseau.

À l'avenir (c'est-à-dire dès juin pour peu que les modifications de la législation suivent), le gestionnaire de réseau recevra la « patate chaude ». À lui d'assumer le rôle de guichet unique, prenant en charge l'ensemble du dossier technique. La CWaPE pourrait ainsi se concentrer sur l'octroi des certificats verts. En septembre, un système automatisé permettra même aux particuliers d'introduire eux-mêmes les index de leur production et les certificats seront délivrés automatiquement.

En attendant, la CWaPE s'emploie à régulariser les situations, mais sur base de relevés annuels, qu'elle privilégie. Pour les 500 sites photovoltaïques acceptés avant juillet 2008, les certificats verts seront octroyés pour la fin du mois de mars 2009, pour autant qu'un relevé d'index ait été transmis. Pour les 1800 sites dont l'accord de mise en service se situe entre le 1er juillet et le 1er décembre 2008, ce sera pour la... fin septembre 2009.

La production d'électricité photovoltaïque en 2008 ne représente jamais que 10 500 certificats. Soit à peine 4 ou 5 % de l'électricité verte produite en Belgique. Une goutte d'eau dans l'océan des certificats mis sur le marché

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