Une Belgique victorieuse mais en ruine

Le 11 novembre 1918, la Belgique fête la fin de la Première guerre mondiale. Mais elle a surtout des plaies béantes à panser.

Philippe Leruth
Une Belgique victorieuse mais en ruine
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À onze heures du matin, le 11 novembre 1918, le cauchemar de la Première guerre mondiale prend fin, pour l'Europe et pour la Belgique, avec l'entrée en vigueur de l'armistice signé à Compiègne. L'heure est à la joie de la liberté retrouvée. Elle sera bientôt au bilan, humain et matériel, du conflit.

«La préoccupation constante du Roi Albert Ier de préserver la vie de ses hommes avait atteint son but : quelque 40000 soldats belges et un peu plus de 20000 civils étaient morts durant le conflit, pour 1,8 million de soldats allemands, 1,4 million de Français, et près d'un million de Britanniques. Un homme sur cinq était mot en France; et un sur cinquante en Belgique», note la chercheuse Laurence Van Ypersele, spécialiste de 14-18, chargée de cours en Histoire, à l'Université catholique de Louvain.

Le bilan matériel de la guerre faisait par contre de notre pays une des principales victimes de l'affrontement. «Des villes dévastées; des milliers de kilomètres de voies ferrées détruits; des usines démontées et transportées en Allemagne; des milliers de bovins et d'ovins disparus. Et la plaine de l'Yser, épouvantablement ravagée : il faudra plus de dix ans pour pouvoir dégager suffisamment les champs des multiples obus qui y avaient ou non explosé, et les rendre à nouveau cultivables.»

La facture de ce travail de reconstruction, qui durera sept ans, est considérable : 31 milliards de francs de l'époque plus de 35 milliards d'euros «alors que le Produit National Brut de la Belgique, en 1913, était de 6 milliards de francs».

Qui réglera ce montant colossal? À la négociations du traité de Versailles, il faudra l'aura du roi Albert pour faire reconnaître la Belgique comme un créancier privilégié de l'Allemagne, condamnée à payer des réparations considérables. «Car les Anglais s'y étaient opposés, plaidant que les Britanniques avaient versé plus de sang que les Belges sur l'Yser». Mais l'Allemagne s'exécutera avec beaucoup de réticences : par mesure de rétorsion, Belges et Français occuperont la région industrielle de la Ruhr de 1923 à 1925, pour se rétribuer directement. «Et l'Allemagne se déclarera en faillite en 1930», complète Alain Collignon, chercheur au CEGES (Centre d'études et de documentation Guerres et Sociétés contemporaines).

Le solde viendra des finances publiques belges, «et aussi, de nombreux dons, essentiellement de la Croix-Rouge, et de fondations privées américaines», rappelle Laurence Van Ypersele.

L'agression de la poor little Belgium («la pauvre petite Belgique») neutre par l'Allemagne avait indigné l'opinion mondiale, provoqué l'entrée en guerre du Royaume-Uni en 1914, et «suscité aux États-Unis un élan de solidarité qui s'est traduit par la première campagne d'aide humanitaire au monde, en faveur de la population belge menacée de famine». Depuis lors, ce genre d'initiatives s'est répété. Tant mieux, ou hélas?

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