Une victoire de la médecine anti-âge

L'Ordre des médecins a perdu un procès contre quatre généralistes qui excercent la médecine anti-âge. Une victoire pour le docteur Hertoghe.

Jean-Christophe Herminaire

Thierry Hertoghe est ravi. Satisfaction non dissimulée sur le visage que ce fringuant quinquagénaire, spécialiste réputé de la «médecine anti-âge», prend soin de préserver des ravages du temps. Une vraie pub, en chair fraîche, pour sa discipline. Comme le sont les deux verdicts rendus début juin par le tribunal de première instance de Nivelles. En sa faveur.

Représentant européen de l'A4M (American Academy of Anti-Aging Medecine), auteur de livres au nom évocateur (Comment rester jeune plus longtemps, Albin Michel), invité vedette des plateaux télé, le docteur Thierry Hertoghe subit, en Belgique, les foudres de confrères endocrinologues. Dans une querelle qui n'est pas sans rappeler celle des «anciens et des modernes». Bataille furieuse entre les médecins qui manient les hormones dans le cadre de pathologies lourdes (le diabète, par exemple) et ces «nouveaux sorciers» qui utilisent des hormones telles la DHEA dans la lutte contre le vieillissement.

«Des pratiques marginales, dont les buts inavoués sont loin d'être le traitement des patients, la thérapie d'affections somatiques, l'amélioration de la qualité de la vie mais bien l'exploitation de la naïveté humaine, dans un esprit mercantile, doublé d'une publicité tapageuse qui se veut provocatrice et destructrice des valeurs humaines et, surtout, de la médecine scientifique, notre médecine», avaient notamment écrit, en 2002 dans un bulletin des médecins de l'Ordre du Brabant, les détracteurs contre qui M. Hertoghe et trois autres docteurs avaient porté plainte.

Les plaignants estiment ces propos gravement attentatoires à leur réputation et leur dignité. Sans se prononcer sur le caractère scientifique de la médecine anti-âge, le tribunal de Nivelles a, lui aussi, jugé les termes «inutilement excessifs et virulents». À l'instar de l'autre jugement, qui condamne une lettre au vitriol et à en-tête de la Belgian Endocrine Society, envoyée à l'organisateur du Salon Santé et Mieux être où le docteur Hertoghe devait intervenir en conférencier.

L'organisateur du salon avait proposé un débat contradictoire. Les signataires de la missive n'ont pas donné suite. Ce que relève le tribunal qui remet aussi cet «antagonisme profond» (débouchant sur de multiples actions), dans le contexte des élections internes à l'Ordre des médecins. Les tenants d'une médecine non conventionnelle sont aussi membres d'une ASBL réclamant plus de démocratie au sein de l'organisme professionnel.

Luttes d'influence. Au-delà de ça, le docteur Hertoghe voit dans l'aboutissement des actions judiciaire un axe de défense majeur de sa discipline. Y compris à l'étranger. «C'est une façon de se faire respecter, dit-il. J'ai autre chose à faire, soigner des patients notamment, qu'à perdre du temps et de l'argent dans des procédures judiciaires mais si on ne le fait pas, il n'y aura plus de médecine anti-âge en Belgique.» Deux jugements viennent d'apporter une pierre à son édifice.