Bombardement de la gare de Kramatorsk, en Ukraine: HRW accuse l’armée russe de "crime de guerre"

Moscou a nié être à l’origine de l’attaque, accusant Kiev d’avoir tiré sur la gare.

Belga
 Illustration gare de Kramatorsk.
Illustration gare de Kramatorsk. ©AFP

L’ONG Human Rights Watch (HRW) a accusé mardi l’armée russe de "crime de guerre" dans l’attaque au missile de la gare de Kramatorsk, dans l’est de l’Ukraine, qui avait tué en avril 2022 une soixantaine de civils cherchant à fuir la région.

"Les preuves indiquent clairement que le missile qui a tué et blessé des civils à la gare de Kramatorsk a été lancé depuis le territoire contrôlé par la Russie dans l’est de l’Ukraine. Cette attaque constitue une violation des lois de la guerre et un crime de guerre apparent", écrit HRW dans cette enquête, réalisée avec l’agence d’investigations visuelles SITU Research.

L’ONG ajoute avoir identifié comme "lieu possible de lancement de l’attaque" le village de Kounié, dans la région de Kharkiv, alors sous contrôle russe.

Le 8 avril 2022 peu avant 10H30, alors que des milliers de civils se pressaient pour fuir la région menacée d’une offensive majeure des troupes russes, un missile Totchka-U équipé de bombes à sous-munitions avait frappé la gare de Kramatorsk, le principal centre d’évacuation de la région.

Soixante et une personnes avaient été tuées et plus de 160 blessées, d’après le bilan de la mairie de Kramatorsk, HRW arrivant pour sa part au chiffre d’au moins 58 civils tués.

HRW a enquêté à Kramatorsk du 14 au 24 mai 2022, interrogeant des témoins et victimes de l’attaque et analysant "plus de 200 photos et vidéos". L’ONG s’est aussi rendue à Kounié les 10 et 11 janvier, après sa libération par l’armée ukrainienne, où elle a parlé avec une quinzaine d’habitants.

Moscou a nié être à l’origine de l’attaque, accusant Kiev d’avoir tiré sur la gare pour perturber les évacuations, mais HRW dit n’avoir trouvé "aucune preuve à l’appui des affirmations russes".

"Au contraire, tout indique que les forces russes ont tiré le missile Totchka-U sur la gare de Kramatorsk", écrit l’ONG, qui dit avoir identifié "plusieurs lieux où les forces russes ont apparemment déployé des systèmes de missiles Totchka-U en Ukraine" depuis le début de la guerre.

Le plus crédible, selon Human Rights Watch, est le village de Kounié. Des photos satellites prises en avril montrent notamment "plusieurs grands conteneurs rectangulaires" dont la forme, la taille et la couleur correspondent à ceux de missiles Totchka-U.

Selon des habitants, régnait par ailleurs "une importante activité militaire russe dans et autour du village au début du mois d’avril, y compris des tirs de munitions".

Lors de sa visite de la localité, quatre mois après sa libération, l’ONG a retrouvé des fragments de missiles Totchka-U et de "multiples sous-munitions non explosées", issues selon elle de tirs ratés.

"Ces éléments de preuve indiquent clairement que les forces russes disposaient de véhicules de lancement (...) et de missiles Totchka-U autour du village de Kounié à peu près au moment de l’attaque à Kramatorsk, et que les forces russes ont régulièrement lancé des attaques pendant cette période", écrit HRW.

"L’attaque de la Russie contre la gare bondée de Kramatorsk était illégalement indiscriminée", conclut HRW, qui affirme que la gare n’était pas un objectif militaire valable et que "les commandants et le personnel militaire russes qui ont ordonné et exécuté l’attaque ont commis un crime de guerre".

Vous êtes hors-ligne
Connexion rétablie...