Réforme des retraites en France: des heurts lors de la manifestation à Paris (vidéos)

La journée de ce jeudi est forte en mobilisations en France pour protester contre la réforme des retraites portée par le gouvernement d'Emmanuel Macron. Des heurts ont eu lieu à Paris.

AFP
<p>Manifestation contre le projet de réforme des retraites à l'appel des syndicats, le 19 janvier 2023 à Toulouse</p>
Manifestation contre le projet de réforme des retraites à l'appel des syndicats, le 19 janvier 2023 à Toulouse ©AFP

Des heurts sporadiques ont éclaté jeudi après-midi entre forces de l'ordre et manifestants aux abords de la place de la Bastille, avec jets de projectiles et usage de gaz lacrymogènes, lors de la contestation de la réforme des retraites, ont constaté des journalistes de l'AFP.

A l'avant du cortège, des membres de groupuscules radicalisés et violents, des Black Blocs, ont jeté des poubelles, bouteilles, fumigènes et divers objets sur les forces de l'ordre. Les unités mobiles sont intervenues pour disperser le groupe en faisant usage de gaz lacrymogènes, à quelques pas de la place de la Bastille.

Les Black Blocs, portant des casques, cagoules et vêtements noirs, ont affronté les forces de l'ordre boulevard Beaumarchais après les avoir huées quand ils les apercevaient dans les rues adjacentes. "Tout le monde déteste la police!", entonnaient-ils en choeur.

Les incidents se sont concentrés près de la Bastille et il n'y avait pas d'autres points de tensions vers 16H30 selon une source policière.

Selon la préfecture de police, à 17h00, 30 interpellations avaient déjà été opérées lors de cette journée de manifestation parisienne, dont le cortège est parti vers 14H15 place de la République à destination de la place de la Nation, via la Bastille.

Les interpellés l'ont été pour port d'armes prohibé, outrage et rébellion et jets de projectiles notamment.

Les heurts se sont déroulés alors que les délégations syndicales se trouvaient loin derrière.

Vers 17H30, le cortège était scindé en deux par les forces de l'ordre: le bloc des plus radicaux d'une part, le reste des manifestants de l'autre. La majorité des manifestants piétinaient place de la Bastille.

Dès le début de la manifestation, la préfecture de police avait indiqué avoir détecté "des éléments à risque" dans le cortège.

Selon une source policière, on comptait "environ un bon millier" de Black Blocs.

Au total à Paris, pour prévenir les incidents ou les endiguer, 39 unités de forces mobiles ont été déployées soit 3.500 policiers et gendarmes selon le ministre de l'Intérieur Gérald Darmanin.

Les villes moyennes mobilisées

Plus de 13.000 manifestants à Pau, 8.000 à Châteauroux ou encore 6.500 à Mulhouse : les manifestations contre la réforme des retraites jeudi ont dépassé celles de 2019 dans de nombreuses villes moyennes, selon les chiffres des autorités.

Des cortèges fournis, parfois davantage qu’il y a trois ans. Comme à Angoulême, où la police a dénombré 9.000 participants, près du double de la première mobilisation contre la précédente réforme des retraites.

La jauge du 5 décembre 2019 est aussi nettement dépassée dans d’autres préfectures du sud-ouest comme Périgueux (6.500), Agen (5.000) et Guéret (3.300).

Forte mobilisation également à Chartres (10.000), Alès (7.200), Boulogne-sur-Mer (5.200), Belfort (4.000) ou Auch (3.500), entre autres.

Dans les grandes villes, les chiffres étaient souvent supérieurs à ceux du 5 décembre 2019, comme à Toulouse (36.000), Nantes (25.000) ou Lyon (23.000), et parfois légèrement inférieurs comme à Bordeaux (16.000) ou Montpellier (15.000).

Comme à l’accoutumée, les comptages des autorités diffèrent de ceux des syndicats, la plupart du temps du simple au double comme à Orléans (de 12.000 à 25.000), sauf à Marseille où l’écart varie de un à cinq (entre 26.000 et 140.000). Certaines estimations sont à l’inverse très proches, comme à Tours (entre 14.000 et 15.000).

Les syndicats prévoyaient au total 250 rassemblements dans toute la France, avec l’objectif affiché de réunir plus d’un million de personnes, quand les autorités tablaient sur une fourchette de 550.000 à 750.000.

La fonction publique en grève

Près de trois fonctionnaires sur dix (28%) étaient en grève jeudi en milieu de journée dans la fonction publique d’État, qui compte 2,5 millions d'agents, selon des chiffres communiqués par le ministère de la Fonction publique.

Dans la fonction publique territoriale (près de deux millions d'agents), le taux de grévistes s'élève à 11,3% et dans la fonction publique hospitalière (1,2 million d'agents), il atteint 9,9%.

Par rapport au 5 décembre 2019, première journée de mobilisation contre le premier projet de réforme des retraites d'Emmanuel Macron, le taux de grévistes est en recul de cinq points dans la fonction publique d’État (33% en 2019), mais progresse légèrement dans les versants territorial (10% en 2019) et hospitalier (8,7%), selon les chiffres du ministère.

Une fois n'est pas coutume, les huit syndicats représentatifs de la fonction publique ont appelé ensemble à la mobilisation.

Ils s'opposent en bloc au décalage progressif de deux ans de l'âge légal de départ à la retraite (de 62 ans aujourd'hui à 64 ans en 2030).

A l'Education nationale, bastion syndical dans la fonction publique, le ministère a annoncé jeudi matin un taux d'enseignants grévistes de 42,35% dans le primaire et de 34,66% dans le secondaire.

Macron espérait une mobilisation pacifique

Emmanuel Macron a dit jeudi espérer que les manifestations contre la réforme des retraites se feront "sans trop de désagrément" pour les Français, et "évidemment sans débordements, ni violences, ni dégradations".

La réforme des retraites a été "démocratiquement présentée, validée" et elle est "surtout juste et responsable", a également déclaré le président français depuis Barcelone à l'occasion d'un sommet franco-espagnol. L'exécutif poursuivra sa réforme "avec respect, esprit de dialogue, mais détermination et esprit de responsabilité", a-t-il ajouté.

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