L’Iran prononce trois nouvelles condamnations à mort, indignation internationale

La justice iranienne a annoncé lundi trois nouvelles condamnations à mort, 48 heures après l’exécution de deux manifestants, provoquant une nouvelle vague d’indignation internationale.

AFP
A woman holds a sign and waves a flag as thousands of people attend a rally to mark the National Day of Remembrance for Victims of Air Disasters, on the three year anniversary since the Iran military shot down Ukraine International Airlines Flight PS752, in North Vancouver, British Columbia, on Sunday, Jan. 8, 2023. The flight was bound for Canada via Ukraine and shot down shortly after its takeoff from Tehran in January 2020, killing 176 people including some Canadian citizens and permanent residents. (Darryl Dyck/The Canadian Press via AP)
A woman holds a sign and waves a flag as thousands of people attend a rally to mark the National Day of Remembrance for Victims of Air Disasters, on the three year anniversary since the Iran military shot down Ukraine International Airlines Flight PS752, in North Vancouver, British Columbia, on Sunday, Jan. 8, 2023. The flight was bound for Canada via Ukraine and shot down shortly after its takeoff from Tehran in January 2020, killing 176 people including some Canadian citizens and permanent residents. (Darryl Dyck/The Canadian Press via AP)

Les trois manifestants condamnés, tout comme les deux hommes exécutés samedi, ont été arrêtés dans le cadre du mouvement de contestation déclenché en Iran par la mort de Mahsa Amini, 22 ans, détenue pour infraction au code vestimentaire strict de la République islamique.

Les autorités iraniennes qualifient généralement ces protestations d'” émeutes” et assurent qu’elles sont encouragées par des pays et organisations hostiles à l’Iran. Elles affirment également que des centaines de personnes --dont des membres des forces de sécurité-- ont été tuées et disent avoir arrêté des milliers de manifestants.

Selon Mizan Online, l’agence du pouvoir judiciaire, Saleh Mirhashemi, Majid Kazemi et Saïd Yaghoubi, accusés d’être impliqués dans la mort de trois membres des forces de l’ordre lors de manifestations dans la province centrale d’Ispahan le 16 novembre 2022, ont été condamnés à mort en première instance.

Ils ont été reconnus coupables de “moharebeh (guerre contre Dieu en persan)”, a précisé l’agence.

Dans le même procès, deux autres personnes ont été condamnées à des peines de prison. Parmi elles, le footballeur Amir Nasr-Azadani, 26 ans, qui évolue dans un club local, a été condamné à 26 ans de prison cumulés. Mais selon la loi, il devrait purger la plus longue des sentences qui est de 16 ans.

Condamnations internationales

Samedi, l’Iran avait annoncé l’exécution de deux hommes reconnus coupables d’avoir tué un paramilitaire lors des manifestations.

A Paris, le ministère des Affaires étrangères a annoncé qu’il allait convoquer lundi le chargé d’affaires iranien à Paris “pour lui signifier” sa “plus ferme condamnation” des exécutions et de la répression actuelle en Iran.

Dans une déclaration écrite, le quai d’Orsay rappelle l’avoir fait à “plusieurs reprises par divers canaux auprès des autorités iraniennes”. “Nous avons suivi avec la plus grande attention la manifestation organisée hier devant l’ambassade de France à Téhéran, qui n’avait rien de spontané”, a par ailleurs réagi le ministère.

De son côté, la ministre allemande des Affaires étrangères Annalena Baerbock a annoncé lundi avoir convoqué “de nouveau” l’ambassadeur iranien à Berlin pour protester contre ces exécutions, qui “ne resteront pas sans conséquence”.

Le ministère norvégien des Affaires étrangères a aussi convoqué l’ambassadeur d’Iran à Oslo, disant “condamner fermement” ces actes.

Le Danemark, la Belgique et les Pays-Bas avaient également annoncé convoquer les ambassadeurs d’Iran en réaction à la mort par pendaison des deux hommes, âgés de 22 et 39 ans selon des ONG. Une vague de réactions indignées avait également suivi.

Le pape François a appelé pour sa part à la fin de la peine capitale dans le monde, y compris en Iran.

”La peine de mort ne peut être employée pour une prétendue justice d’Etat, car elle ne constitue pas un moyen de dissuasion ni ne rend justice aux victimes, mais ne fait qu’alimenter la soif de vengeance”, a-t-il dit.

”Trahison”

Les nouvelles condamnations à mort portent à 17 le nombre de personnes condamnées à la peine capitale en lien avec la contestation en Iran, selon un décompte établi par l’AFP à partir d’annonces officielles.

Parmi elles, quatre ont été exécutées et deux ont vu leur peine confirmée par la Cour suprême. Les autres attendent de nouveaux procès ou peuvent faire appel.

Au moins 109 manifestants actuellement en détention font face à des accusations passibles de la peine de mort, a indiqué lundi le groupe Iran Human Rights (IHR).

Selon Amnesty International, l’Iran est le pays qui exécute le plus de condamnés à mort hormis la Chine.

Pour le guide suprême d’Iran Ali Khamenei, “les institutions responsables traitent la trahison avec sérieux et de manière juste”.

Il y a “sans aucun doute des problèmes économiques” dans le pays, “mais ces problèmes peuvent-ils être résolus en brûlant des poubelles et en provoquant des émeutes dans la rue ?”, a-t-il dit, cité par son site.

”Sans aucun doute, ces actions sont de la trahison”, a-t-il affirmé.

Les manifestants brandissent comme principal slogan “Femme, vie, liberté” ainsi que d’autres mots d’ordre hostiles au régime.

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