L'Europe dans une "grave crise" après l'échec de la fusée Vega-C

L'Europe se retrouve dans une "crise particulièrement grave" pour son accès à l'espace après la défaillance de la fusée Vega-C et les retards d'Ariane 6, a estimé jeudi le président de la filière aérospatiale française, qui a appelé les Européens à dresser une "feuille de route commune".

Belga
<p>Le site de lancement de la fusée Vega-C pour son vol inaugural, le 12 juillet 2022 à Kourou, en Guyane</p>
Le site de lancement de la fusée Vega-C à Kourou, en Guyane. ©AFP/Archives

"C'est une crise particulièrement grave qui va obliger les Européens à se mettre autour de la table pour définir une feuille de route", a affirmé Guillaume Faury, président du Groupement des industries françaises aéronautiques et spatiales (Gifas), à l'occasion de la présentation des vœux de l'organisation.

Ariane 5, avec deux vols restants, est en "fin de vie", "le carnet de commandes d'Ariane 6 est déjà très bien rempli, donc il n'y a plus beaucoup de possibilités d'aller lancer des satellites avec Ariane 6 dans les années qui viennent et, dans ce pont entre A5 et A6, on a perdu l'accès à Soyouz et on est dans une situation où Vega est aussi arrêtée de vol", a-t-il résumé.

L'Europe utilisait le lanceur moyen russe mais n'y a plus accès depuis le début du conflit en Ukraine, tandis que le lanceur léger italien Vega-C est cloué au sol après l'échec de son premier vol commercial le 20 décembre.

Le premier vol d'Ariane 6, prévu en 2020, est lui repoussé à fin 2023, laissant l'Europe sans autonomie d'accès à l'espace, donc de liberté de lancer ses satellites.

"Toute transition entre une génération et la suivante est difficile", a jugé Guillaume Faury, par ailleurs patron d'Airbus. "Cette fragilité était connue quand la décision de lancer Ariane 6 a été prise (en 2014) et il y avait un certain nombre de ceintures de sécurité qui étaient en place au cas où cela ne se passe pas très bien. Ces ceintures, c'était Soyouz et c'était Vega, (...) elles sont devenues des grandes vulnérabilités compte tenu de ce qu'il se passe en ce moment".

Mais les lancements d'Ariane 5 sont "chers" et le risque d'en produire davantage "pour plus de sécurité, sans client" n'a pas été pris.

Les membres de l'Agence spatiale européenne (ESA) doivent dorénavant selon lui "redéfinir une feuille de route commune des États ensemble, et non pas des initiatives nationales centrifuges".

C'est un "secteur où il faut fédérer les efforts, c'est écrit dans l'équation-même avec des très gros investissements sur de toutes petites séries", a-t-il rappelé.

La France, l'Allemagne et l'Italie, principaux financeurs de l'ESA se sont accordés en novembre pour garantir l'exploitation future des fusées Ariane 6 et Vega-C, et permettre aux minilanceurs, développés chacun de leur côté, d'être lancés pour le compte de l'agence européenne. Ils espèrent entraîner derrière eux les autres États membres.

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