Benoît XVI, un héritage en demi-teinte sur la pédocriminalité

Benoît XVI a été le premier pape à s'engager auprès des victimes de violences sexuelles commis par des clercs, une action ayant contribué à faire bouger les lignes mais ternie par des accusations sur sa gestion de cas en Allemagne.

AFP
FILE - Pope Benedict XVI celebrates the Corpus Domini Mass outside St. John at The Lateran Basilica to mark the feast of the Body and Blood of Christ, in Rome, on June 7, 2007. Pope Emeritus Benedict XVI, the German theologian who will be remembered as the first pope in 600 years to resign, has died, the Vatican announced Saturday Dec. 31, 2022. He was 95. (AP Photo/Alessandra Tarantino, File)
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Début 2022, alors que Joseph Ratzinger coule une retraite paisible au Vatican, un rapport allemand l'accuse de n'avoir pris aucune mesure pour écarter quatre ecclésiastiques soupçonnés de violences sexuelles sur mineurs lorsqu'il était archevêque de Munich dans les années 1980.

Ses conseillers assurent qu'il "n'a pas été impliqué dans la dissimulation d'actes d'abus". Mais ce brillant et discret théologien a déjà été critiqué pour sa gestion des nombreuses allégations concernant des prêtres dans le monde entier.

Si le scandale des violences sexuelles éclate dans la seconde moitié des années 1980, ce n'est qu'en 2001 que le pape Jean Paul II ordonne aux évêques de saisir la puissante congrégation pour la doctrine de la foi au Vatican. À sa tête pendant 24 ans, Mgr Ratzinger, fervent défenseur de la tradition sur les questions de moeurs, se verra reprocher de ne pas avoir pris suffisamment la mesure du problème.

Dans une lettre écrite en 2001, le cardinal allemand avait ainsi décrété que les cas de pédocriminalité devaient être gérés par sa congrégation et soumis au secret pontifical, une procédure qui revenait à protéger les responsables, selon certains observateurs.

Pourtant, contrairement à certaines personnalités du Vatican qui crient au complot médiatique, Benoit XVI reconnaît les "péchés" de l'Eglise et entreprend une opération "place nette" dès son élection en 2005, entraînant la démission de dizaines d'évêques.

Premières historiques

En 2006, Benoît XVI prend ainsi une décision forte en sanctionnant l'influent prêtre mexicain Marcial Maciel Degollado, fondateur des Légionnaires du Christ, longtemps érigé en modèle par Jean Paul II. Après une enquête confirmant de graves accusations à son encontre, il est écarté de son ministère public.

Deux ans plus tard, Benoît XVI devient le premier pape à rencontrer des victimes de violences sexuelles aux Etats-Unis et en Australie, affirmant ne pas avoir de mots "pour décrire la douleur et le mal" dont elles souffrent.

Il est également le premier souverain pontife à consacrer un document à cette crise, avec la publication en 2010 d'une lettre aux catholiques d'Irlande après des révélations sur des milliers de cas, un texte au ton vif dans lequel il dit partager leur "consternation" et leur "sentiment de trahison".

"En tant que pape, c'est lui qui ouvre ce dramatique chapitre (...) Il a accepté les critiques, mis en places de nouvelles normes, rencontré des victimes... Il a été beaucoup plus rigoureux que Jean Paul II", affirme à l'AFP Iacopo Scaramuzzi, vaticaniste au quotidien italien La Repubblica.

Cette volonté de "nettoyer" l'Eglise, qui aboutira au renvoi de quelque 400 prêtres, sera poursuivie par François qui instaure des nouveautés disciplinaires et canoniques, à l'image de la création de la commission pour la protection des mineurs.

"Pardon"

La fermeté de Benoît XVI face à ce fléau est toutefois ternie en 2019 lorsque, six ans après avoir renoncé à sa charge, le "pape émérite" attribue le scandales de la pédocriminalité à la révolution sexuelle des années 1960, provoquant une onde de choc chez certains théologiens et la colère des associations de victimes.

Pour Iacopo Scaramuzzi, Benoit XVI "s'est trompé dans l'analyse en attribuant le problème à la sécularisation et mai 1968".

En 2022, sous la pression d'un rapport d'un cabinet d'avocats allemand l'accusant de négligence dans la gestion de cas de pédocriminalité, il sort de son silence pour demander "pardon", tout en assurant n'avoir jamais couvert de prêtres pédocriminels.

"J'ai eu de grandes responsabilités dans l'Église catholique. Ma douleur est d'autant plus grande pour les abus et les erreurs qui se sont produits au cours de mon mandat en différents lieux", écrit-il, sans parvenir à convaincre les associations de victimes.

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