En Israël, le "roi Bibi" Netanyahu de retour sur son trône

Fin stratège ou pur idéologue ? Plus pérenne des Premiers ministres de l'histoire d'Israël, Benjamin Netanyahu se présente à la fois comme le grand protecteur de l'Etat hébreu et un "magicien" de la survie politique.

AFP
Israel's Prime Minsiter designate Benjamin Netanyahu presents the new government to parliament at the Knesset in Jerusalem on December 29, 2022 in what analysts described as the most right-wing coalition in Israel's history. - The right-wing government, formed after the fifth election in four years, has sparked fears of a further military escalation in the Israeli-occupied West Bank, amid the worst violence there for nearly 20 years. (Photo by AMIR COHEN / POOL / AFP)
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Le "roi Bibi", surnom que lui donnent ses partisans, entame son troisième règne à la tête du gouvernement. Il avait été Premier ministre de 1996 à 1999, puis de 2009 à 2021.

Voix rauque, chevelure argentée et charisme affiché, Benjamin Netanyahu divise toutefois le pays.

Ses admirateurs voient en lui l'incarnation du nouveau "Roi d'Israël" pour sa défense arc-boutée du pays face à l'ennemi, notamment l'Iran perçu comme le nouvel "Amalek", l'ennemi mortel des Hébreux dans la Bible.

Quant à ses opposants, ils considèrent Benjamin Netanyahu, inculpé pour corruption dans plusieurs affaires, comme un "Crime minister" et non un "Prime minister", et souhaitent son retrait de la vie politique.

Mais il ne se retirera pas, affirme Aviv Bushinsky, ancien porte-parole de M. Netanyahu et fin connaisseur du Likoud, son parti de droite.

"Il fera tout ce qui est possible pour former une coalition, même les choses les plus folles", disait récemment M. Bushinsky à l'AFP. "Il pense avoir reçu une mission de Dieu pour sauver le pays".

Dans un pays politiquement fragmenté, M. Netanyahu est habitué à louvoyer, à rallier des partis de différentes tendances, afin de se maintenir au pouvoir.

Mais pour ce retour jeudi au pouvoir, il a réuni le gouvernement le plus à droite de l'histoire d'Israël, composé de ses alliés classiques parmi les partis ultra orthodoxes, mais aussi de trois formations d'extrême droite, notamment Noam dont le chef est ouvertement hostile aux personnes LGBTQ.

Une position qui n'a toutefois pas empêché M. Netanyahu de nommer Amir Ohana, un député du Likoud ouvertement homosexuel, comme nouveau président du Parlement.

Au nom du père

Né à Tel-Aviv le 21 octobre 1949, Benjamin Netanyahu tient néanmoins un bagage idéologique musclé de son père Benzion, ex-assistant de Zeev Jabotinsky, leader de la tendance sioniste dite "révisionniste", favorable au "Grand Israël".

À l'opposé du processus de paix israélo-palestinien des années 1990, qu'il a contribué à enterrer, M. Netanyahu prône une vision d'Israël comme "Etat juif" avec des frontières s'étendant jusqu'à la Jordanie, d'où ses déclarations en faveur de l'annexion de pans de la Cisjordanie occupée et de mesures favorisant un boom des colonies.

En Cisjordanie occupée où vivent 2,9 millions de Palestiniens, les colonies israéliennes ont dépassé les 475.000 habitants - une hausse de 50% -, au cours de la dernière décennie où Benjamin Netanyahu était au pouvoir, une présence accrue qui menace la création d'un Etat palestinien viable selon l'ONU.

Et du frère

Au tournant des années 1970, le jeune Netanyahu effectue son service militaire dans un commando d'élite. Mais c'est surtout son frère aîné, Yoni, qui se fait remarquer dans les rangs de l'armée.

En 1976, Yoni, commandant de l'unité chargée de libérer les otages d'un vol Tel-Aviv/Paris en Ouganda, est tué pendant l'assaut israélien.

"J'ai cru que ma vie était terminée", écrit dans son autobiographie publiée à l'automne M. Netanyahu, qui fera de la "lutte contre le terrorisme", qu'il associe souvent aux Palestiniens ou aux Iraniens, l'un des fils conducteurs de sa carrière.

En 2020, il a conclu des accords de normalisation avec des pays arabes (Emirats arabes unis, Bahreïn, Soudan, Maroc) sous l'égide de Washington, qu'il rêve à présent d'étendre à l'Arabie saoudite.

Un accord avec l'Arabie saoudite serait un "saut quantique pour la paix entre Israël et le monde arabe" et pourrait faciliter un accord israélo-palestinien, a déclaré récemment M. Netanyahu sur la chaîne Al Arabiya.

Orateur né, père de trois enfants et marié aujourd'hui à Sara, considérée comme une proche conseillère, il a été diplomate en poste aux Etats-Unis, où il a fait ses études, puis ambassadeur à l'ONU dans les années 1980, avant de faire le saut en politique la décennie suivante.

"Soldat, j'ai combattu pour défendre Israël sur les champs de bataille. Diplomate, j'ai repoussé des attaques contre sa légitimité dans des forums internationaux (...) et Premier ministre, j'ai cherché à renforcer son pouvoir économique et politique parmi les nations", écrit-il dans sa

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