Création d’un fonds pour les pertes et préjudices à la COP27 : « Signal politique indispensable », « Victoire majeure », « Avancée historique »

L’établissement d’un fonds consacré aux pertes et préjudices des pays en développement face au changement climatique actée dans la décision finale de la COP27 a ravi plusieurs scientifiques, représentants politiques et ONG.

La CNCD se réjouit notamment que la solidarité internationale soit parvenue à franchir les portes des salles de négociations.
La CNCD se réjouit notamment que la solidarité internationale soit parvenue à franchir les portes des salles de négociations. ©AFP

L’établissement d’un fonds consacré aux pertes et préjudices des pays en développement face au changement climatique actée dans la décision finale de la COP27 était "un signal politique indispensable pour que la diplomatie climatique ait encore un sens dans notre monde secoué par les événements météorologiques extrêmes".

C’est en ces termes qu’a réagi dimanche matin le CNCD-11.11.11, le Centre national de coopération au développement.

L’organisation se réjouit que la solidarité internationale soit parvenue à franchir les portes des salles de négociations.

Il reste cependant encore beaucoup de travail et les défis sont grands, prévient le CNCD-11.11.11. "Mais n’oublions pas d’où nous venons sur cette question et prenons cette étape comme un jalon pour faire en sorte que la justice climatique ne soit pas qu’un slogan mais bien le cœur des relations internationales", conclut la coupole d’ONG.

La Coalition Climat salue « une avancée historique » mais regrette « beaucoup de surplace »

Avec la création d’un fonds pour les pertes et préjudices, la décision finale de la COP27 "donne un signal fort pour les pays les plus vulnérables", estime la Coalition Climat, saluant "une avancée historique" et "un grand pas en avant pour la justice climatique".

L’ASBL nationale, qui réunit plus de 90 organisations de la société civile belge, juge toutefois qu’il "manque malheureusement encore de nombreuses décisions importantes". Et la Coalition Climat de citer la sortie des énergies fossiles, qui n’a pas été obtenue. "La sortie des combustibles fossiles reste une fois de plus l’occasion manquée de cette COP. Il n’y a pas eu de progrès de ce côté. Et ce malgré le soutien de nombreux pays du Sud et du Nord. Ce qui est positif, cependant, c’est que les pays ont engagé des discussions pour travailler ensemble sur des solutions concrètes dans tous les secteurs pour les années à venir", analyse la Coalition.

"L’écart avec l’objectif de 1,5°C reste préoccupant. Chaque année compte, et cette COP n’a pas apporté l’élan attendu. Une coopération immédiate et à grande échelle est nécessaire pour lutter contre la crise climatique", insiste le président de la Coalition Climat, Nicolas Van Nuffel.

Par ailleurs, la décision de la COP27 reconnaît, "et c’est la première fois", souligne l’ASBL, "le droit à un environnement propre, sain et durable". Mais d’un autre côté, d’autres thématiques sont peu ou pas abordées comme celles des marchés de carbone ou en matière de justice de genre.

Le texte final affirme le droit des enfants et des jeunes à participer structurellement aux processus climatiques. Cela leur crée plus d’espace pour faire valoir leurs demandes. Ce qui manquait encore cruellement à cette COP27. Il est également positif que la COP27 ait décidé de travailler sur une transition juste dans les années à venir, même si la définition reste ambiguë. Elle est pourtant claire: elle doit impliquer l’autonomisation des travailleurs et des travailleuses, le respect des droits du travail, et la protection sociale universelle ", conclut la Coalition Climat.

Le fonds pour les pertes et préjudices est « une victoire symbolique », selon l’ULB

L’établissement d’un fonds dédié aux pertes et préjudices liés aux changements climatiques au bénéfice des pays du sud "particulièrement vulnérables", selon les termes de la décision prise dimanche à la COP27 de Charm el-Cheikh, "est avant tout une victoire symbolique", analyse Romain Weikmans, chercheur et enseignant en politique climatique à l’ULB.

Ce fonds "s’ajoute à une kyrielle de fonds existants, qui ne canalisent qu’une très petite partie des financements climatiques, car les pays riches préfèrent passer par d’autres canaux", observe Romain Weikmans, pour qui "il faut donc remettre un peu les choses en perspective".

"Les États se sont mis d’accord sur l’ouverture d’un nouveau compte en banque et sur le nom qu’on allait lui donner. Pour le reste: rien. Tout est repoussé à plus tard sur comment l’argent sera utilisé, à quoi il servira, qui décidera, etc."

Quant à la question centrale, qui est de savoir combien d’argent sera versé sur ce compte le moment venu? "Ce ne sera sans doute pas grand-chose", estime le chercheur de l’ULB. "Les contributions à ce fonds seront volontaires. Et l’historique du financement climat montre que ces fonds sont souvent snobés par les pays riches."

Plus généralement, le chercheur et enseignant en politique climatique pense que le résultat de cette COP27 "montre aussi le danger de croire que le changement climatique peut être uniquement réglé sous la convention-cadre des Nations unies sur le changement climatique (la CCNUCC, adoptée en 1992 et sous l’égide de laquelle sont organisées les COP climat". "Mais ça fait 30 ans que l’on en voit les limites".

Pour Romain Weikmans, "c’est dans toutes les enceintes internationales (G20, G7, OMC, Organisation mondiale de la propriété intellectuelle, Banques multilatérales, FMI, etc.) que l’on doit aussi se saisir de ce sujet et renforcer l’action". "La COP focalise l’attention médiatique alors qu’au final la CCNUCC et l’Accord de Paris restent des traités environnementaux? avec des champs d’action très limités", rappelle-t-il.

Le chercheur et enseignant estime encore que pour être acceptée, "la transition doit être perçue comme juste, ou en tout cas ne doit pas être vue comme complètement injuste." "C’est le manque, persistant depuis des années, de considération pour les plus vulnérables qui a empêché d’aboutir" à cette COP27 "à un résultat adéquat en matière d’accélération des réductions d’émission".